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Jouer 2.0 : sauter à la corde ou jouer aux jeux vidéo ?

novembre 25, 2025
par Marleen Walravens

Nous vivons une nouvelle ère du jeu. Le monde du jeu pour enfants a désormais une dimension numérique. Là où, autrefois, les genoux boueux et les billes cassées faisaient partie du quotidien, tout tourne aujourd’hui autour des écrans tactiles et des jeux vidéo. Mais qu’est-ce que cela change pour nos enfants ? Comment équilibrer le temps passé devant un écran et le jeu en plein air ? Et qu’est-ce qui empêche les parents de dormir la nuit ?

ouer dehors semble presque rétro, et pourtant c’est si précieux. Courir, tomber, grimper, découvrir : tout cela fait des merveilles, non seulement pour la motricité, mais aussi pour la confiance en soi. Et n’oublions pas l’aspect social : se disputer pour savoir qui jouera le rôle du policier, trouver des compromis pour construire une cabane ou voir qui fera la plus grosse bulle de savon. Alors que les jeux physiques reposent souvent sur le mouvement et la coopération, les jeux vidéo se jouent plutôt assis, à la maison. Pas forcément mauvais, mais une expérience complètement différente.

Un jeu physique, comme un jeu de société ou une partie de cache-cache, stimule le mouvement, la créativité et la collaboration. Il développe à la fois la motricité fine et la motricité globale, et apprend aux enfants à gérer la victoire, la défaite et les conflits. Les jeux numériques, eux, sollicitent d’autres compétences : ils stimulent la pensée logique et la résolution de problèmes, augmentent la concentration grâce à la rapidité des réactions et s’inscrivent dans le monde actuel des enfants. David Verbruggen, directeur général de la Video Games Federation Belgium, voit encore d’autres avantages : « Grâce aux jeux vidéo, les enfants apprennent rapidement à s’exprimer en anglais et développent leur perception spatiale. Parfois, de véritables amitiés naissent : les jeunes se rencontrent en ligne et décident ensuite de se voir dans la vraie vie. »

Jouer pour le plaisir

« Jouer juste pour jouer, sans but précis, c’est merveilleux », dit Tine Bergiers, présidente de l’association Goe gespeeld, qui défend les droits des enfants qui jouent. « Un jeu ne doit pas toujours viser la performance : sortir spontanément et jouer dans un monde imaginaire et non structuré est une bénédiction pour les enfants. »

À travers le jeu, les enfants développent leurs compétences sociales, émotionnelles et physiques, et apprennent à mieux comprendre leur environnement. Un jeu de rôle nourrit leur imagination. Une activité de groupe leur apprend à partager, à coopérer et à faire des compromis. En construisant un château de sable ou en modelant de la pâte à modeler, ils découvrent un univers de matières et de textures grâce à leurs sens. En jouant avec des blocs, ils apprennent la logique, la notion d’espace et le contrôle de leurs mouvements.

« Le secteur du jeu vidéo assume sa responsabilité pour garantir la sécurité en ligne. »

— David Verbruggen. Directeur général de la Video Games Federation Belgium

Jouer pour apprendre

Il existe aussi des jeux éducatifs, principalement axés sur le développement cognitif et conçus pour atteindre des objectifs d’apprentissage précis. Il peut s’agir de jeux de société, mais aussi de jeux numériques. Avec Duolingo, une application d’apprentissage des langues, les enfants peuvent apprendre une nouvelle langue de manière ludique. Battlefield 1942, le tout premier jeu de la série, se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale : les jeunes y apprennent, par exemple, des faits historiques sur la bataille de Normandie en incarnant eux-mêmes un soldat sur Omaha Beach. « Il ne faut pas diaboliser les jeux vidéo », souligne Tine Bergiers. « Ils offrent aussi de nombreuses opportunités. Nous l’avons bien vu pendant la période du Covid avec Pokémon GO, un jeu qui a favorisé le mouvement et les interactions sociales. Encore une preuve que jouer dehors, à l’air libre, est bénéfique pour la santé mentale et physique. »

Jouer dehors en toute sécurité

Des études récentes montrent que les enfants jouent de moins en moins dehors. Ce n’est pas uniquement parce qu’ils sont accros aux écrans. « Nous sommes confrontés à un problème de société plus profond », explique Tine Bergiers. « Tout le monde n’a pas de jardin, et les espaces publics en ville se réduisent de plus en plus. L’espace dans lequel les enfants peuvent jouer seuls et librement s’est tellement restreint en quelques générations que les parents doivent désormais les accompagner au parc ou à la plaine de jeux. »

Le temps est donc un facteur, tout comme la sécurité. Autrefois, jouer dehors allait de soi. Il y avait moins de circulation, moins d’anonymat et plus de surveillance sociale, ce qui permettait d’identifier plus facilement les personnes mal intentionnées. La peur des parents est compréhensible.

Jouer en ligne en toute sécurité

« On peut aussi garantir la sécurité sur les plateformes de jeu », affirme David Verbruggen. « En ligne, il est même possible de réagir plus vite face aux comportements malveillants. L’intelligence artificielle comme les modérateurs humains analysent les comportements toxiques pour sanctionner les joueurs si nécessaire. Le secteur prend ses responsabilités. »

Ainsi, Roblox est particulièrement vigilant face aux dangers en ligne et collaborera, à partir de 2026, avec un conseil parental pour rendre la plateforme encore plus sûre. Fortnite dispose d’un contrôle parental qui permet, par exemple, aux parents de limiter les communications de leurs enfants à leurs amis uniquement. Par ailleurs, PEGI (Pan-European Game Information) attribue des classifications d’âge aux jeux afin que les parents sachent lesquels conviennent à chaque tranche d’âge.

Trouver l’équilibre

Les parents veulent voir leurs enfants heureux — mais aussi forts, sociables, en bonne santé et pleins d’imagination. Comment trouver le bon équilibre entre temps d’écran et activité physique ? La clé réside quelque part entre lâcher prise et poser des limites. Côté numérique, cela signifie établir des règles claires sur le temps d’écran sans jouer les gendarmes. Jouer ensemble à un jeu vidéo de temps en temps montre à l’enfant que son parent s’intéresse à son monde et approuve ses activités. Les parents peuvent aussi proposer des jouets simples, sans lumières ni sons, et laisser parfois place à l’ennui, pour stimuler la créativité. Et pourquoi ne pas simplement enfiler une veste, prendre un ballon et sortir ensemble ? Qu’il s’agisse de billes ou de pixels, une chose est sûre : « Jouer fait partie de l’ADN de l’être humain », conclut Tine Bergiers. ☉

En savoir plus

www.jouezmalin.be
www.goegespeeld.be

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