L’impact mental du voyage chez les jeunes
Changer d’environnement stimule l’esprit. La routine se brise et de nouvelles influences pénètrent notre esprit. C’est précisément pour cette raison que voyager a un effet si puissant sur notre résilience. Faut-il alors commencer dès le plus jeune âge ? Et quel est l’impact mental de ces expériences ? Les experts du voyage Jeroen Vincken (Joker Reizen) et Ruben Tyberghien (Bunkhouse) nous accompagnent dans cette réflexion.
Lorsque la porte de l’avion s’ouvre, une chaleur humide vous frappe au visage. Les bagages arrivent en retard et s’exprimer en anglais semble parfois difficile. Des chauffeurs de taxi bruyants tentent d’attirer votre attention, mais après quelques négociations vous trouvez finalement un conducteur sympathique qui ponctue tout le trajet d’un large sourire. Le début d’une aventure inattendue.
(Dé)connexion
« Est-ce vraiment reposant ? », pourrait-on se demander dans une telle situation. Pas toujours, et ce n’est d’ailleurs pas nécessaire. Ce qui compte avant tout, c’est le changement. La vie en Belgique est confortable : nous bénéficions de bonnes infrastructures et beaucoup d’entre nous aiment profiter de la vie. Mais ce confort peut aussi nous rendre très matérialistes. Nous augmentons alors notre charge de travail pour continuer à satisfaire nos envies.
« Nous constatons que les jeunes qui participent à nos voyages de groupe se sentent plus résilients. Cela s’explique surtout par la dynamique de groupe, les nouvelles expériences et une véritable détox digitale. Lorsque le voyage se déroule dans un pays moins connecté, les jeunes ressentent également moins le besoin de consulter constamment leur téléphone », explique Vincken.
Mettre ses habitudes sur pause et voir ce qui se présente : chez les jeunes, ces habitudes sont encore en construction. Il y a donc davantage de place pour de nouvelles influences. « Depuis la pandémie, les jeunes recherchent de plus en plus une forme d’évasion. Partir à l’aventure ensemble crée une connexion profonde », ajoute Tyberghien. « On déconnecte son smartphone pour se reconnecter aux autres. »
« Nous voulons déconnecter, et la nature est idéale pour cela »
Choc culturel
On dit souvent qu’ici il pleut toujours chez nous et que la vie va trop vite. C’est un cliché, bien sûr, mais il peut parfois refléter un sentiment réel. Visiter une société totalement différente permet de prendre du recul sur sa propre vie, voire de la remettre en question. Il n’est pas nécessaire de tout changer après un voyage lointain, mais ces expériences peuvent enrichir notre regard sur le monde. Les interactions personnelles sont la meilleure façon d’apprendre à connaître un lieu — et finalement soi-même.
« Les jeunes préfèrent souvent voyager avec des personnes de leur âge. Lors de nos voyages de groupe, des amitiés profondes se créent régulièrement. Ce n’est pas surprenant : surmonter des défis ensemble crée naturellement des liens. Nous collaborons également étroitement avec la population locale afin de rendre l’expérience aussi authentique que possible. La joie de vivre des habitants est très contagieuse », explique Tyberghien.
Les scooters passent à toute vitesse et les stands de wok remplissent les rues d’odeurs épicées et de flammes vives. Pour Jeroen Vincken, c’est précisément ce qu’il appelle « un choc culturel intense qui nous fait oublier complètement notre quotidien. Au début, nous sommes parfois un peu déstabilisés par tous ces changements, mais lorsque nous nous y abandonnons, ce choc devient une véritable source d’énergie et de vitalité. »
« Les jeunes cherchent une nouvelle manière de voyager. Rester au bord d’une piscine en Espagne n’est plus l’option la
plus populaire »
Dans la jungle
Voyager est toujours enrichissant, que ce soit pour se reposer ou pour se redécouvrir. Pour les jeunes en quête d’identité, accumuler de nouvelles expériences et impressions ne peut qu’être bénéfique. Chacune d’entre elles peut contribuer à façonner leur personnalité. Voyager demande surtout une ouverture d’esprit, sans l’obligation de trouver toutes les réponses — car tout n’en a pas forcément.
Il n’est d’ailleurs pas nécessaire de partir très loin : on peut aussi découvrir de nouvelles choses près de chez soi, même si l’immersion est souvent plus intense à l’étranger.
« Nous constatons que les jeunes recherchent aujourd’hui une nouvelle manière de voyager. Rester au bord d’une piscine en Espagne n’est plus l’option la plus populaire. Ils veulent rencontrer les habitants et choisissent de plus en plus des voyages de randonnée. Parmi les destinations actuellement très prisées,; on trouve le Kirghizistan, la Chine et Madagascar. Ce sont des pays très différents de notre société et encore relativement préservés du tourisme occidental. L’expérience y est donc particulièrement unique. Comme la communication n’y est pas toujours évidente, nous envoyons toujours un accompagnateur qui parle la langue locale », explique Tyberghien.
« La nature attire toujours », poursuit Vincken. « Les pays d’Amérique latine où la jungle fait partie du quotidien font beaucoup d’effet. Nous voulons déconnecter, et la nature est idéale pour cela. Même les jeunes, qui ont souvent tendance à se tourner rapidement vers les écrans, se laissent désarmer par la puissance de la nature. Elle nous montre que nous pouvons parfois faire beaucoup plus — et même mieux — avec moins que ce que nous imaginons. »
Après trois semaines bien remplies, nous retournons vers l’avion et sa climatisation. Les palmiers et les rivières deviennent de plus en plus petits sous nos yeux, mais ils ont laissé une empreinte durable. Une empreinte peut-être invisible au premier regard, mais qui réapparaîtra au moment opportun. Qui sait ce que nous découvrirons lors de notre prochain voyage, lorsque nous flotterons à nouveau dans le ciel en rêvant ? •••