Inclusion & Diversité

Bilan 2025 : les progrès et défis de l’inclusion en Belgique dans nos rues et dans nos villes

décembre 16, 2025
par Justine Doyen

En 2025, la Belgique a affiché des progrès visibles en matière d’inclusion, mais le chemin reste long. De Bruxelles à Liège en passant par Louvain, de nouveaux espaces accessibles et initiatives citoyennes redessinent le visage des villes. Pourtant, entre ambitions politiques, contraintes budgétaires et inégalités persistantes, l’inclusion demeure un idéal fragile.

Une inclusion devenue priorité nationale

« Le fait même qu’on pose aujourd’hui la question de l’inclusion montre que c’est devenu une question d’actualité. On n’en parlait pas cette manière-là il y a dix ans », souligne Patrick Charlier, directeur d’Unia.

Pour lui, cela traduit une évolution de fond : la société belge est passée de la simple « intégration » à une logique d’inclusion en s’adaptant à la diversité de ses citoyens, et non l’inverse. « L’inclusion ne se limite plus au handicap, précise-t-il. Elle recouvre désormais la participation égale et proportionnelle de toutes les personnes dans tous les domaines de la société : enseignement, logement, emploi ou culture. »

Cette approche transversale s’est imposée progressivement dans les politiques publiques. Les administrations régionales et fédérales multiplient les plans d’action, tandis que les associations de terrain participent de plus en plus directement à la conception des décrets. « On sent qu’il y a une prise de conscience politique, confirme Pierre Genty, chargé de projet mobilité au CAWaB. La question de l’accessibilité est intégrée dans les grands plans régionaux et les discussions budgétaires. »

Depuis juin 2025, une directive européenne impose aux États membres d’assurer l’accès des citoyens aux principaux biens et services, comme les banques ou les transports. Si la Belgique l’a transposée, les associations regrettent une application partielle. « La Belgique n’a pas repris toutes les options prévues par la directive. Il manque encore des mécanismes de contrôle et de sanction », déplore monsieur Genty.

Pour Patrick Charlier, l’enjeu dépasse les textes : « Les lois fixent un cadre, mais ce sont les pratiques quotidiennes qui font l’inclusion. Le défi, c’est de passer de la norme à la réalité. »

 

« Parler d’inclusion montre combien le sujet est devenu central. »

— Patrick Charlier. Directeur d’Unia

Des progrès concrets mais fragiles

Dans les écoles, les aménagements raisonnables se sont multipliés. « Ce qui n’existait pas il y a vingt ans est devenu une évidence », constate Patrick Charlier. « Aujourd’hui, si un enfant en chaise arrive à l’école, c’est la classe qui s’adapte, pas l’inverse. »

Pierre Genty évoque les avancées majeures de 2025 dans les villes : « La ligne 10 à Neder-Over-Heembeek et le tram de Liège ont intégré dès le départ les besoins des personnes à mobilité réduite, ce qui est une avancée importante. » Il salue également la modernisation des trams bruxellois, dont près d’un tiers du réseau est désormais accessible. Louvain, récompensée en 2022 par l’Access City Award de la Commission européenne, peut servir d’exemple. « Louvain a été primée pour sa vision cohérente de l’accessibilité, explique Pierre Genty. Ils ont su intégrer les besoins des personnes handicapées dans la planification urbaine, les transports et la communication. »

Mais ces progrès se heurtent encore à des contraintes économiques : « L’ambition des textes dépend toujours des finances publiques. Sans cadre contraignant ni moyens suffisants, on risque de stagner. » Pour le directeur d’Unia, l’inclusion reste aussi une question de mentalité : « Notre société est organisée sur le modèle du groupe majoritaire. Lorsqu’on en sort, on se heurte à des obstacles souvent invisibles. »

Une culture de l’inclusion encore à construire

L’inclusion ne dépend pas seulement des infrastructures, mais d’une transformation plus large des pratiques et des mentalités. «Il faut une prise en considération de l’accessibilité universelle à tous les échelons de la société », insiste Pierre Genty. « Même la personne qui pose les pavés dans la rue doit être formée et sensibilisée. Quand on comprend à quoi sert une bande podotactile, on la place mieux. »

Patrick Charlier, de son côté, met en garde contre une nouvelle forme d’exclusion : la fracture numérique. « Depuis le Covid, les services se digitalisent à grande vitesse. Or, 40 % de la population rencontre des difficultés numériques. Cela devient une nouvelle forme de discrimination. » Un arrêt de la Cour constitutionnelle impose une alternative non numérique pour les démarches essentielles, une priorité pour Unia en 2026. Pour Pierre Genty, la clé de l’inclusion réside dans la concertation et la sensibilisation : « Prendre contact avec les experts, discuter en amont, c’est ce qui permet d’éviter des erreurs coûteuses et d’obtenir des résultats durables. »

Les progrès réalisés en 2025 témoignent d’une évolution réelle, mais incomplète. L’inclusion devient une norme affichée, sans être encore un réflexe collectif. « Être en contact avec la diversité rend plus tolérant », conclut Patrick Charlier. « L’inclusion, c’est partager des lieux et des moments avec des personnes différentes de soi. » ☉

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