La diversité est une chance, l’inclusion une exigence
Notre société n’a jamais été aussi diverse et aussi riche. Pour autant, les stéréotypes constituent toujours des obstacles au vivre ensemble, à la fois dans la sphère professionnelle, et dans la société en général. Osons questionner nos biais et changer notre regard pour exploiter toute la richesse de cette diversité et réussir l’inclusion.
Qui rêve d’une société où le genre et l’origine sociale déterminent l’accès à tel ou tel emploi, où le handicap fait peur, et où la couleur de peau et les origines constituent des critères de discrimination ? Affichons et cultivons nos différences et donnons-nous les chances d’être plus authentiques, créatifs et épanouis.
Rendre visible pour rendre possible
Les stéréotypes de genre influencent toujours négativement l’orientation des femmes, et les détournent des métiers de l’industrie, des métiers scientifiques et techniques quand vient l’heure de l’insertion professionnelle. En cause, des métiers jugés trop physiques, trop contraignants, difficilement compatibles avec une vie de famille, etc.
Pour Maryse Colson, déléguée régionale Belgique pour l’association « Elles bougent », cette situation s’explique par l’environnement dans lequel évoluent les jeunes filles et par leur éducation, mais aussi par un manque de représentativité des femmes dans les métiers scientifiques et techniques. « Les jeunes filles ne peuvent pas imaginer se tourner vers ces métiers, puisqu’elles voient trop peu de femmes qui les exercent. Les images qu’on leur renvoie sont très importantes. Et puisque les femmes sont sous-représentées, il faut les surexposer afin de les rendre davantage visibles, et montrer aux jeunes filles que tous les métiers leur sont ouverts. »
Maryse Colson attire l’attention sur l’importance du témoignage et l’action de proximité pour inspirer la relève auprès des jeunes filles. « Pour se sentir capables d’exercer ces métiers, les jeunes filles ont besoin de role models, de marraines, de témoignages concrets, qui leur prouvent qu’elles peuvent réussir dans tous les domaines. Les métiers n’ont pas de genre. D’autant que la technologie et les moyens mécaniques donnent aujourd’hui aux jeunes filles la possibilité de faire le métier de leur choix. »
Il suffit parfois d’une parole prononcée par un enseignant (« Tu en es capable ») ou du témoignage d’une femme ayant réussi dans un secteur peu ouvert aux profils féminins pour permettre à une jeune fille de prendre confiance en elle et d’oser choisir un métier qui l’attire.
« La diversité est source d’inspiration pour s’adapter à un monde qui change. »
Transformer la différence en atout
Les mouvements sociaux de ces dernières années (Black Lives Matter, Balance Ton Porc, MeToo, etc.) ont montré la maturité de la société civile sur les questions de diversité, et sa capacité à faire émerger une société réellement plus inclusive.
Dans la sphère professionnelle, les organisations commencent à envisager la diversité comme une opportunité. « Les différences sont souvent source de malentendus et de biais. Elles peuvent constituer un frein, alors qu’on peut en réalité les transformer en réelle source d’inspiration dans un monde aussi changeant que le nôtre. Les organisations voient désormais dans la diversité une opportunité de s’adresser à des publics variés, d’être plus créatifs », revendique Natacha Brenner, experte diversité, inclusion et intelligence culturelle chez Now.be, un organisme de formation pionner dans l’innovation pédagogique et la ludo-pédagogie.
La diversité sans l’inclusion ne fonctionne pas. Comme l’explique Natacha Brenner, « la diversité est un fait, l’inclusion est un choix et ne peut advenir que si les organisations mettent en place des mécanismes dédiés. » Cette question doit être portée par le top management, qui doit mettre en place une stratégie et définir des priorités en fonction des besoins propres à l’entreprise. Le succès de cette stratégie repose sur son appropriation par l’ensemble de l’organisation. « Dans les organisations avec beaucoup de jeunes parents, la priorité sera de favoriser les équilibres entre les temps de vie personnelle et professionnelle. Dans d’autres entreprises, l’enjeu majeur sera d’apprendre à collaborer dans des environnements multiculturels. Dans un contexte de pénurie de talents, le rapport de force a changé : ce sont désormais les entreprises qui doivent attirer et retenir les candidats en valorisant leur diversité. Elles ne peuvent plus faire l’impasse sur ces questions essentielles pour créer de l’engagement et un sentiment d’appartenance », détaille Natacha Brenner.
Réussir une démarche d’inclusion exige de laisser la possibilité aux salariés de s’engager sur ces sujets, de favoriser des moments où la parole peut s’exprimer librement. « Mettre en place une culture d’entreprise inclusive, flexible et ouverte est bénéfique pour tous », souligne Natacha Brenner, « puisqu’il existe une corrélation positive entre bien-être individuel, bien-être collectif et performance. »
Changer de regard sur les différences, un travail au quotidien
Si le travail sur l’inclusion semble aujourd’hui être une évidence, il reste néanmoins complexe, comme l’explique Natacha Brenner : « Il existe plus de 200 types de biais cognitifs, et il est difficile de lutter contre ce que nous impose notre cerveau, mais commençons par essayer d’apprendre à reconnaître nos biais. » Au niveau des entreprises, « il faut libérer la parole sur tous ces sujets, et organiser des événements concrets (Mois de la diversité, DuoDay, etc.), avec comme objectif de réussir à créer une culture d’entreprise qui respecte l’unicité de chacun. »
Selon Maryse Colson, le travail qui consiste à briser les stéréotypes commence à l’échelle individuelle : « Commençons par nous demander quels sont les stéréotypes que nous véhiculons en tant qu’adultes, à discuter avec les enfants autour de nous pour les inciter à réfléchir sur ces sujets. » ☉