Inclusion & Diversité

Apprendre tôt, agir toujours ?

décembre 16, 2025
par Hannes Dedeurwaerder

L’égalité commence à l’école. L’enseignement n’est pas seulement un lieu où l’on apprend à lire et à compter, mais aussi l’endroit où les enfants découvrent que les différences ne sont pas une menace, mais une richesse. En parlant d’égalité dès le plus jeune âge, nous pouvons contribuer à prévenir les inégalités de genre, les mariages d’enfants et la violence basée sur le genre dans le monde entier.

« Donner aux enfants des chances égales dans l’éducation, c’est poser les bases d’une vie où ils défendent leurs droits et ceux des autres, bien au-delà de la classe », explique Ineke Adriaens, directrice de programme chez Plan International Belgique. Avec le programme Champions of Change, l’organisation œuvre dans le monde entier pour un enseignement transformateur en matière de genre : des leçons qui relient savoir et valeurs, et qui déconstruisent les stéréotypes. « Nous apprenons aux enfants dès leur plus jeune âge qu’ils n’ont pas à se conformer à des rôles étroits sur ce que les filles ou les garçons doivent faire. Lorsqu’un enfant peut être lui-même, il est aussi capable de laisser de la place aux autres. »

Selon Adriaens, l’éducation est l’un des outils les plus puissants contre les inégalités. « Une fille qui reste à l’école se marie moins tôt et aura plus tard davantage d’opportunités professionnelles et d’autonomie. Mais cela va plus loin : les enfants qui comprennent ce qu’est l’égalité seront moins enclins à blesser ou à discriminer les autres. Ils développent de l’empathie, osent exprimer leur opinion et apprennent que le respect est un choix à renouveler chaque jour. Dans une classe où l’on écoute, les enfants apprennent que les différences ne sont pas une menace, mais une invitation au dialogue. »

Du Népal à Ninove

La lutte contre les mariages d’enfants semble lointaine, mais c’est une vision trop simpliste, souligne Adriaens. « Ces mariages se produisent surtout dans des pays marqués par la pauvreté et où les normes traditionnelles de genre sont très fortes. Mais même en Europe et en Belgique, diverses formes de violence basée sur le genre persistent. L’inégalité de genre est mondiale : sa forme change, mais ses conséquences sont graves partout. »

Au Népal, Plan International collabore avec des écoles pour maintenir les filles sur les bancs et renforcer leur voix. « Le simple fait qu’une fille puisse aller à l’école la protège déjà », explique Adriaens, en précisant que le projet népalais a permis de réduire les mariages d’enfants de 58 % à 23 %. « Mais nous allons plus loin : nous formons les enseignants, dialoguons avec les parents et les chefs de village, et incitons les jeunes à réfléchir eux-mêmes à ce que signifie l’égalité. En Belgique, nous faisons la même chose, adaptée à notre réalité. Ici aussi, des idées tenaces persistent : que les filles doivent être plus attentionnées, que les garçons ne doivent pas montrer leurs émotions, ou que certaines filières scolaires sont ‘pour les filles’ ou ‘pour les garçons’. Ces stéréotypes s’infiltrent souvent inconsciemment dans notre culture, mais influencent profondément les choix que les jeunes feront plus tard. »
Dans la classe, cela devient très concret. « Avec les tout-petits, on parle des contacts physiques acceptables et du droit de toujours dire ‘non’ », explique Adriaens. « Dans le secondaire, on aborde le respect, le comportement en ligne et les comportements sexuels inappropriés. Les jeunes qui connaissent leurs droits sont plus forts — et enfreignent moins facilement ceux des autres. C’est exactement ce que nous visons : la prévention. En résumé : le respect. Et cela ne commence pas par de grands discours, mais par de petites conversations, jour après jour. »

 

« L’égalité n’est jamais acquise. Elle demande de l’attention, de la répétition et du courage. »

— Marijke Wilssens. Chercheuse à la Haute École Artevelde

Apprendre entre les lignes

Pour Marijke Wilssens, chercheuse à la Haute École Artevelde, le vrai progrès réside dans les petits choix. « L’égalité ne s’apprend pas dans un livre, mais entre les lignes », dit-elle. « Elle se trouve dans les histoires, les jouets, et la manière dont les enseignants s’expriment. Une coin maison au lieu d’un coin poupées semble anodin, mais cela permet à chaque enfant de se sentir accueilli — y compris les garçons qui veulent jouer avec des poupées ou les filles qui veulent construire avec des blocs. »

Les enseignants font la différence lorsqu’ils créent un espace sûr où les enfants peuvent parler, douter et se remettre en question. « Il faut abandonner l’idée que tout le monde doit être pareil », poursuit Wilssens. « La diversité est une force. Si nous apprenons très tôt aux enfants que la différence est une richesse, nous jetons les bases du respect et de l’empathie. » Elle plaide pour une approche intersectionnelle : « Un enfant, ce n’est pas seulement le genre. La langue, la culture, les capacités ou limitations, et la situation familiale comptent aussi. Valoriser la diversité dans la combinaison de toutes ces dimensions, c’est cela, l’inclusion véritable. »
Adriaens acquiesce : « C’est pourquoi nos projets éducatifs impliquent non seulement les élèves et les enseignants, mais aussi les parents. L’égalité ne s’arrête pas à la porte de l’école. Quand les enfants entendent le même message à la maison et en classe — que tout le monde a la même valeur — cela devient un réflexe. Ainsi, les normes et les habitudes évoluent, parfois discrètement, mais avec un impact profond. Un parent qui laisse son fils participer aux tâches ménagères ou un enseignant qui questionne les stéréotypes dans un conte : cela peut sembler anodin, mais ces gestes construisent la culture dans laquelle les enfants grandissent. Et c’est là que germe le changement durable. »

Une leçon qui reste

Apprendre l’égalité de genre n’est pas une leçon unique, mais un apprentissage qui grandit avec les enfants. « Nous observons des progrès dans le monde entier », dit Adriaens, « mais aussi une contre-réaction qui réidéalise les rôles traditionnels. C’est précisément pour cela qu’il faut rester vigilants et continuer à en parler — dans chaque classe et chaque famille. Les enseignants ont un rôle exemplaire : celui qui crée un espace sûr donne aux enfants la langue et le courage de s’exprimer. »

Wilssens ajoute : « L’égalité n’est jamais acquise. Elle demande de l’attention, de la répétition et du courage. Mais la récompense est immense : des enfants qui peuvent être eux-mêmes deviennent des adultes qui accordent cette même liberté aux autres. »

Adriaens conclut avec espoir :
« Le chemin vers l’égalité est long, mais chaque pas compte. Quand un enfant apprend qu’il a le droit d’être entendu, ce n’est pas seulement son avenir qui change, mais aussi celui de toute sa communauté. Et c’est précisément là que réside la puissance de l’éducation : elle plante la graine du changement, qui continue de pousser génération après génération. » ☉

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