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Inclusion & Diversité

Neuroatypie, ou une autre façon de voir et de ressentir le monde

TDAH, dyslexie, autisme, haut potentiel… Ces termes, on les entend de plus en plus. Seulement, ce n’est pas parce qu’on en parle davantage qu’on en parle bien. La neurodivergence est encore mal connue, avec des visions caricaturales qui persistent et qui nous font passer à côté de l’essentiel : les profils sont multiples, et c’est ce qui fait leur richesse.

9 juillet 2026Par Léa Stocky5 min. temps de lecture

Comprendre la neurodivergence

On parle de neurodivergence, ou de neuroatypie, lorsque le fonctionnement cognitif du cerveau d’une personne diffère de la norme. Il existe trois grands dimensions neurodéveloppementales : l’autisme, les particularités attentionnelles et énergétiques, et les particularités d’apprentissage. Il n’est d’ailleurs pas rare qu’une personne neurodivergente se retrouve dans plusieurs de ces catégories. Au sein même du spectre autistique, les profils varient : par exemple, certains se distinguent par une grande sensibilité émotionnelle, d’autres par une rigueur intellectuelle et un raisonnement très développé, d’autres encore par une énergie particulièrement intense.

Pour expliquer cela, Marco Di Duca, psychologue spécialisé dans le diagnostic et l’accompagnement de personnes autistes, utilise l’image de la bicyclette : « Une patiente m’a un jour expliqué qu’elle se sentait comme une bicyclette sur l’autoroute. Or il existe de nombreux modèles de bicyclettes différents. » L’origine de la neuroatypie est neurobiologique, avec une composante génétique, mais aussi une dimension épigénétique liée aux facteurs environnementaux qui favorisent l’expression de certains comportements. Marco Di Duca explique que la majorité des personnes qui viennent consulter sont en souffrance, en raison d’incompréhensions, d’échecs, d’épreuves difficiles, de harcèlement ou d’exclusion.

C’est ce besoin de comprendre et cette quête de réponses qui ont poussé Flora Arrabito à s’informer et à consulter. Depuis longtemps, elle se sentait différente, mais elle n’arrivait pas à saisir la nature de cette différence. Diagnostiquée avec un trouble DYS, un trouble du spectre de l’autisme, un TDAH et un haut potentiel intellectuel, le fait d’avoir une explication lui a permis de s’orienter vers des solutions et des outils plus adaptés. Elle témoigne : « C’est comme si j’étais une boussole. En fonction de là où je suis, je dois toujours me rééquilibrer. » Aujourd’hui, elle est consultante en neurodiversité et a cofondé l’ASBL NeuroDivergent Brain Intelligences.

C’est comme si j’étais une boussole. En fonction de là où je suis, je dois toujours me rééquilibrer
Flora ArrabitoConsultante en neurodiversité et cofondatrice de l’ASBL NeuroDivergent Brain Intelligences

Une autre manière d’être dans son corps

Les personnes neuroatypiques traitent les informations sensorielles et émotionnelles différemment, et développent ainsi leur propre façon d’être au monde. Marco Di Duca explique en effet que « la neuroatypie concerne des différences qualitatives du fonctionnement du cerveau, ce qui produit des comportements qualitativement différents ». Il insiste d’ailleurs sur l’adjectif qualitatif, et non pas quantitatif. Alors que le second tend à soustraire ou ajouter quelque chose, le premier met simplement en avant une autre manière de faire.

Ainsi, la question du corps est omniprésente dans la neurodivergence. Les informations sensorielles transmises ont un impact sur la perception de l’espace et de son propre corps, la proprioception, mais aussi sur la perception des stimuli nocifs à l’organisme, la nociception. Cela peut avoir de nombreuses conséquences négatives sur la santé physique et mentale, car certaines personnes ne réussissent pas à repérer et à expliquer leurs difficultés physiques. Par exemple, une personne autiste qui se sent coupée de ses émotions peut chercher à mieux sentir son corps, notamment par une alimentation excessive, avec un risque accru de troubles du comportement alimentaire. Des stimuli extérieurs vont aussi avoir un caractère plus ou moins intrusifs en fonction des profils, comme une sensibilité à la lumière et au bruit ou des difficultés à dormir.

Penser l’inclusion autrement

La neurodivergence est encore trop peu comprise, et les personnes neuroatypiques font face à des discriminations qui compliquent un peu plus leur parcours. Afin de contrer cela, il est essentiel de ne pas réduire une personne neuroatypique à ce qu’elle est capable de faire de plus ou de moins que les autres. En effet, ce sont souvent les talents et les performances des personnes qui sont mis en avant, voire leurs limitations, sans réellement prendre en compte la diversité des profils.

Aujourd’hui, la société a plutôt tendance à exclure qu’à inclure. Or la vraie richesse se trouve dans la cohabitation de profils différents qui peuvent, chacun à leur manière, contribuer positivement au groupe. Les personnes neuroatypiques résonnant différemment, elles peuvent amener des points de vue nouveaux, identifier des dysfonctionnements ou porter une attention particulière à quelque chose passé inaperçu. Pour continuer avec l’image de la bicyclette, un VTT est parfaitement adapté aux sentiers de montagne, tandis qu’un vélo de ville est idéal pour de se rendre au travail. Ce « faire autrement», pour reprendre les mots de Marco Di Duca, permet finalement de retrouver un équilibre, autant pour les personnes neuroatypiques que pour leur entourage.

Pour finir, Marco Di Duca et Flora Arrabito s’accordent pour dire que, si l’on se pose des questions sur une possible neurodivergence, il ne faut pas hésiter à s’informer, que ce soit via des forums ou auprès d’associations. L’ASBL NeuroDivergent Brain Intelligences organise ainsi des conférences, des ateliers de sensibilisation ou encore des formations pratiques pour mieux comprendre les profils TDAH, autisme, DYS et haut potentiel. Grâce à des groupes d’échanges et de soutien, les personnes qui le souhaitent peuvent bénéficier d’un accompagnement individualisé pour comprendre, identifier leurs besoins (que ce soit en milieu scolaire, professionnel ou familial), et se sentir moins seules.