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Inclusion & Diversité

Inclusion scolaire en Belgique: un système sous pression

Condamnée par le Comité européen des droits sociaux, la Fédération Wallonie-Bruxelles est appelée à renforcer son système d’inclusion scolaire. Si des progrès sont visibles sur le terrain, les témoignages d’acteurs éducatifs et d’organisations internationales révèlent des obstacles persistants, entre manque de moyens, inégalités structurelles et défis pédagogiques.

9 juillet 2026Par Léa Stocky5 min. temps de lecture

Un droit fondamental fragilisé

La récente décision du Comité européen des droits sociaux (CEDS) met en lumière les limites des politiques d’inclusion en Fédération Wallonie-Bruxelles, encore confrontées à des inégalités persistantes. Entre volonté politique et mise en œuvre concrète, un écart structurel demeure, mettant en question l’effectivité d’un droit pourtant fondamental.

Pour Nassima El Ouady, responsable Stratégie et Innovation chez Plan International Belgique, cette situation met en lumière une défaillance systémique. « Il existe un écart majeur entre les engagements juridiques et la réalité. Le droit à une éducation inclusive reste insuffisamment respecté ». Selon elle, ce décalage s’explique notamment par un manque de coordination entre les acteurs institutionnels, des moyens humains et financiers encore insuffisants, mais aussi par une conception de l’inclusion qui reste trop souvent partielle ou cloisonnée.

Les chiffres confirment cette tendance inquiétante : les enfants en situation de handicap sont nettement plus exposés au risque de déscolarisation ou d’orientation vers des filières spécialisées, parfois par défaut. Cette vulnérabilité s’accentue encore lorsqu’elle se combine à d’autres facteurs comme le genre, l’origine sociale ou la précarité, révélant ainsi des mécanismes d’exclusion cumulés et profondément ancrés dans le système éducatif.

Les équipes éducatives développent des pratiques plus inclusives
Stéphanie HenrotteCoordonnatrice du Pôle libre Saint-Joseph Sainte-Croix

Des pratiques inclusives en progrès, mais limitées

Sur le terrain, pourtant, les évolutions sont bien réelles et témoignent d’une volonté de transformation. Depuis la mise en place des pôles territoriaux, les écoles bénéficient d’un accompagnement accru pour accueillir les élèves à besoins spécifiques.

Stéphanie Henrotte, coordonnatrice du Pôle libre Saint-Joseph Sainte-Croix en province de Liège, observe une dynamique encourageante : « Les équipes éducatives sollicitent davantage de soutien et développent progressivement des pratiques plus inclusives. Les enseignants peuvent adapter plus finement leurs pratiques et répondre de manière plus pertinente aux besoins de chaque élève ».

Ce travail repose sur une collaboration étroite entre enseignants, centres PMS, familles et professionnels spécialisés. Cette approche pluridisciplinaire permet d’ajuster les pratiques pédagogiques, de mieux cerner les besoins des élèves et de proposer des aménagements individualisés. Différenciation des supports, flexibilisation des rythmes d’apprentissage, recours aux outils numériques : autant de leviers qui contribuent à rendre les apprentissages plus accessibles.

Cependant, les enseignants, bien que de mieux en mieux outillés, doivent composer avec des classes de plus en plus hétérogènes et des situations parfois complexes, sans toujours disposer du temps ni des ressources nécessaires. « Les enseignants sont de mieux en mieux outillés, mais cela reste un processus en construction », constate madame Henrotte. « Malgré son allongement, la formation des enseignants reste insuffisante sur les troubles et besoins spécifiques. Combinée au manque de moyens, cela freine la généralisation de pratiques réellement inclusives. »
Par ailleurs, l’accessibilité physique des établissements scolaire reste un obstacle structurel majeur : les améliorations existent, mais ne permettent pas encore de garantir une accessibilité universelle. Si les bâtiments ne sont pas toujours adaptés aux élèves en situation de handicap moteur ou sensoriel, les écoles trouvent des alternatives.

Le droit à une éducation inclusive reste insuffisamment respecté.
Nassima El OuadyResponsable Stratégie et Innovation chez Plan International Belgique

Des inégalités cumulées qui questionnent l’inclusion

Au-delà des enjeux pédagogiques et matériels, l’inclusion scolaire s’inscrit dans une réalité sociale plus large, marquée par des inégalités multiples et imbriquées. Nassima El Ouady insiste sur l’importance d’une approche intersectionnelle, qui prend en compte le cumul des discriminations. « Une élève en situation de handicap peut ainsi être confrontée simultanément à des obstacles liés aux normes et stéréotypes de genre, à la précarité économique et à son âge », explique-t-elle.

Ces inégalités croisées complexifient les parcours scolaires et interrogent la capacité du système éducatif à répondre de manière équitable à des besoins de plus en plus diversifiés. Elles soulignent également la nécessité d’une approche globale, dépassant le seul cadre de l’école et impliquant une coordination renforcée entre les secteurs éducatif, social et sanitaire.

Aujourd’hui, plusieurs priorités se dessinent : renforcer la formation des enseignants, augmenter les ressources humaines spécialisées, dégager du temps pour la concertation et investir dans des infrastructures véritablement inclusives. Mais au-delà des moyens, c’est aussi un changement de paradigme qui semble indispensable.

Longtemps perçue comme une contrainte organisationnelle, l’inclusion invite à repenser les pratiques, à valoriser la diversité des parcours et à renforcer les valeurs de solidarité et d’égalité. Comme le souligne Nassima El Ouady, « L’éducation inclusive est avant tout un droit. Les institutions ont le devoir de garantir à chaque enfant une éducation inclusive et de qualité. Investir dans l’éducation bénéficie aussi à l’ensemble de la société : tout le monde y gagne.»

Entre avancées réelles et défis persistants, l’inclusion scolaire en Belgique reste un chantier en construction. La condamnation du CEDS agit comme un signal d’alerte : garantir effectivement le droit à l’éducation pour tous suppose désormais de dépasser les intentions et d’inscrire durablement l’inclusion dans les pratiques, les moyens et les structures.