Moins de programmes, plus de week-end
Le week-end devrait être le moment où l’on reprend son souffle. Pourtant, pour de nombreuses familles, il ressemble à une deuxième semaine de travail, rythmée par les compétitions sportives, les courses, les visites à la famille et les rendez-vous entre amis. Pas étonnant que le lundi paraisse parfois moins fatigant que le dimanche soir. Il est peut-être temps de revoir notre façon d’envisager le temps libre. Non pas en supprimant toutes nos activités, mais en faisant consciemment de la place au repos, aux moments spontanés et aux véritables instants de partage.

« Work hard, play hard. » La formule est séduisante. Pourtant, selon Luc Swinnen, expert en burn-out, c’est précisément cette manière de penser qui met une énorme pression sur notre temps libre. En deux jours, nous voulons faire tout ce que nous n’avons pas eu le temps de faire pendant la semaine : voir des amis, pratiquer du sport, cuisiner de bons petits plats, occuper les enfants, partir en excursion et rattraper les tâches ménagères. Avant même que le week-end ne commence, nous l’avons déjà entièrement organisé dans notre tête.
Et cela n’est pas sans conséquences. « Dès que l’on commence à planifier, on active en réalité son système de stress », explique Luc Swinnen. Notre cerveau ne fait pas la différence entre une menace réelle et la charge mentale liée au fait de planifier et d’anticiper en permanence. « Le taux de cortisol, l’hormone du stress, augmente, ce qui nous empêche de penser clairement et de récupérer correctement. » Or, c’est précisément à cela que devrait servir un week-end.
L’auteure et coach en silence Cathy Camertijn constate elle aussi combien il est devenu difficile de mettre ce moteur mental à l’arrêt. Selon elle, nous vivons dans une société qui récompense en permanence les nouvelles stimulations et les performances. « Nous sommes devenus quelque peu dépendants de la prochaine dose de dopamine », explique-t-elle. « Une fois la semaine de travail terminée, nous remplissons à nouveau notre agenda, parce que le fait de ne rien faire nous met mal à l’aise. Nous finissons par confondre l’oisiveté avec une perte de temps. »
À cela s’ajoute un autre phénomène : chaque week-end, les réseaux sociaux nous montrent les escapades, les activités sportives, les voyages ou les moments de convivialité familiale des autres. Très vite, un week-end tranquille à la maison peut donner l’impression d’être une occasion manquée. « Nous nous comparons constamment aux autres », poursuit Cathy Camertijn. « Et nous nous éloignons ainsi de plus en plus de notre propre rythme. »
Ralentir, cela s’apprend
Pour les deux experts, la solution ne consiste pas à planifier encore plus efficacement, mais à apprendre à vivre autrement son temps libre. Luc Swinnen plaide pour de petits rituels qui favorisent le calme : un exercice de respiration, un sommeil suffisant ou une routine matinale bien établie. Ces habitudes offrent des repères au cerveau et contribuent à faire baisser le niveau de stress.
Cathy Camertijn va encore plus loin. Selon elle, nous avons presque désappris à nous reposer. « Nous n’osons plus ralentir parce que nous nous sentons coupables. Nous faisons tout pour éviter l’ennui, alors que c’est justement dans ces moments-là que naissent la créativité et une nouvelle énergie. »
Pour elle, le silence ne signifie d’ailleurs pas forcément l’absence de bruit. Il s’agit plutôt de ne plus devoir être disponible, ne serait-ce qu’un instant. Ni comme mère, ni comme partenaire, collègue ou fille, mais simplement comme soi-même.
C’est dans cet esprit qu’elle accompagne des personnes à travers des parcours de labyrinthes : une marche symbolique qui permet de retrouver son propre rythme. « La vie n’est pas un dédale dans lequel il faut sans cesse chercher la bonne direction », explique-t-elle. « C’est un chemin sur lequel on a le droit de ralentir. »
Une promenade sans podcast dans les oreilles, un café dégusté seul dans le jardin ou une heure de lecture sans notifications sur son téléphone peuvent déjà suffire à apaiser le système nerveux.

Passer de la planification à la concertation
Pour les familles, cela ne signifie pas que le week-end doive être totalement improvisé. L’idée est plutôt de choisir consciemment ce qui compte vraiment.
Cathy Camertijn établit à ce sujet une distinction intéressante entre planifier et se concerter. « Les mères, en particulier, endossent encore trop souvent automatiquement le rôle de « manager ». Ce sont elles qui organisent les sorties, les repas, les activités sportives et veillent à ce que tout le monde soit satisfait. Résultat : elles entament souvent les lundis plus fatiguées que le reste de la famille. »
Lorsque les décisions sont prises ensemble, cette responsabilité ne repose plus sur une seule personne. Il est également utile de demander aux enfants ce dont ils ont réellement envie. Peut-être n’ont-ils pas besoin d’une sortie supplémentaire, mais préfèrent-ils simplement jouer à un jeu de société ou se promener dans les bois. Chaque moment libre ne doit pas nécessairement être rempli.
Luc Swinnen insiste lui aussi sur l’importance de fixer des limites. « Planifier n’a rien de mauvais, tant que le programme ne change pas sans cesse. Si, le vendredi, vous hésitez encore entre toutes les possibilités, votre cerveau continue à travailler. Il faut aussi oser décider que certaines choses ne se feront pas. »
C’est peut-être cela, finalement, le véritable esprit du week-end : vivre moins de choses, mais les vivre plus pleinement. Moins d’obligations, moins de comparaisons, moins de course contre la montre. Pour ne plus avoir, le lundi matin, l’impression d’avoir besoin d’un week-end… pour récupérer de son week-end. •

Trois idées pour un week-end plus serein
- Un seul grand programmeConvenez qu’il n’y aura qu’une seule activité importante par jour. Une visite familiale, une compétition sportive ou une excursion, c’est très bien, mais laissez volontairement le reste de la journée libre. Vous créerez ainsi de l’espace pour les moments spontanés et le repos.
- Plan de 90 minutesChoisissez, chaque matin ou chaque après-midi, une seule tâche qui demande beaucoup d’énergie : faire les courses, effectuer un grand ménage ou partir en excursion, par exemple. Consacrez-lui toute votre attention, puis accordez-vous une véritable pause. Il n’est pas nécessaire de tout faire en une seule journée.
- Le dimanche soir sans contraintesNe prévoyez plus d’obligations sociales le dimanche soir. Profitez-en pour préparer la semaine en douceur : choisissez votre tenue pour le lendemain, notez votre liste de tâches et prenez le temps de lire un livre, de faire une promenade, de prendre un bain chaud ou de partager un agréable repas en famille. Vous aborderez ainsi le lundi avec davantage de sérénité.







