Julie Denayer: L’art du lâcher-prise
On connaît la journaliste, on découvre ici la femme : spontanée, drôle et volontiers autodérisoire. Julie Denayer revient sur son parcours, sa vie de maman et ce tournant des 40 ans qui l’a poussée à davantage penser à elle et à apprivoiser le lâcher-prise.
Quand vous repensez à vos débuts, auriez-vous imaginé que votre parcours professionnel vous mènerait là où vous êtes aujourd’hui ?
« Mais jamais de la vie ! J’avais toujours rêvé de faire de la radio. À la sortie de mes études de journalisme, j’ai commencé par faire des piges et, très vite, j’ai intégré une matinale. Je faisais donc de la radio tous les matins, très tôt. À ce moment-là, j’avais déjà l’impression d’avoir réalisé mon rêve et que tout le reste ne serait que du bonus. Et puis, finalement, j’ai eu la chance de pouvoir exercer mon métier de journaliste de tellement de façons différentes. Je suis devenue productrice, puis project manager… J’ai aujourd’hui plein de casquettes et je trouve que c’est une chance folle. »
Qu’est-ce qui vous passionne aujourd’hui dans ce métier ?
« J’adore rencontrer les gens, leur poser des questions, découvrir leur histoire. Et j’ai aussi la chance de travailler avec de super équipes. Cela fait quinze ans que je travaille avec certains caméramans, ingénieurs du son ou réalisateurs. Ce sont des gens que j’apprécie énormément. Ce qui m’anime, c’est de me dire : « Je vais travailler avec des gens que j’aime et, en plus, je vais faire de nouvelles rencontres et apprendre des choses. » C’est ça qui est génial dans ce métier. »
On vous connaît surtout comme présentatrice. Qu’est-ce que le public connaît finalement le moins de votre travail ?
« Présenter des émissions, c’est 1 % de mon travail ! Les 99 % restants, c’est plutôt être project manager : travailler avec les producteurs, les journalistes et les équipes, réfléchir à la manière dont on va construire les émissions… Je suis finalement beaucoup plus dans la construction des programmes que dans leur présentation. Les gens ne se rendent pas forcément compte que mon métier est avant tout là. »
Comment faites-vous pour rester vous-même et ne pas vous laisser enfermer dans une image publique ?
« C’est assez simple finalement : comme la présentation représente une toute petite partie de mon travail, cela ne fait pas vraiment partie de mon quotidien. Je n’ai donc pas l’impression d’être une image. D’ailleurs, les séances photo, ce n’est vraiment pas mon truc ! Je regarde certaines collègues et je me dis qu’elles sont tellement à l’aise devant l’objectif. Moi, quand on me demande de mettre les doigts dans les cheveux, je me demande : « Mais pourquoi ? Ça n’a aucun sens ! » » (Rires)
Y a-t-il une expérience professionnelle qui a particulièrement changé votre manière de voir la vie ?
« Il y en a beaucoup. Mais le Télévie, c’est particulier. C’est rencontrer des personnes qui se battent contre le cancer, créer des liens avec elles… Et parfois, malheureusement, on en perd certaines en chemin. Cela nous ramène toujours vers l’essentiel : la santé. Je fais aussi beaucoup de judiciaire et les histoires que je rencontre sont souvent très fortes. C’est donc un métier qui me rappelle régulièrement ce qui compte vraiment. »
Vous êtes aujourd’hui très associée au judiciaire. Est-ce une spécialisation que vous aviez choisie ?
« Pas vraiment ! Quand j’étais étudiante, j’avais failli prendre une option consacrée au criminel, mais finalement je ne l’avais pas fait. Puis j’ai rencontré Georges Huercano, qui cherchait quelqu’un pour travailler sur son émission Indice. J’ai accepté et j’ai accroché immédiatement. J’ai ensuite beaucoup travaillé dans le judiciaire, notamment avec Face au juge, et l’étiquette m’est un peu restée. »
Y a-t-il malgré tout d’autres univers télévisuels que vous aimeriez explorer ?
« Oui ! À partir du moment où il y a des rencontres et des gens qui racontent des histoires, je pense que je pourrais être intéressée. Une émission comme C à vous, par exemple, me plairait beaucoup parce qu’on y rencontre des profils très différents : des personnalités politiques, des artistes, des témoins, des invités venus parler de leur actualité… Et puis je rigole toujours avec Maria Del Rio en lui disant : ‘C’est quand tu me laisses L’amour est dans le pré ?’ » (Rires)
© Gregory Van GansenVous semblez avoir souvent accepté des défis qui vous faisaient peur. Est-ce important pour vous de sortir de votre zone de confort ?
« Je déteste ça profondément. Je suis vraiment quelqu’un qui aime son petit cocon. Mais professionnellement, je n’ai fait que me challenger en me disant : « Allez, il faut y aller. » J’ai toujours accepté les choses qui me faisaient horriblement peur. Quand on m’a proposé la radio, c’était mon rêve, mais j’avais quand même peur. Quand Georges Huercano m’a proposé de travailler avec lui, je me suis demandé pourquoi il m’avait choisie ? Quand on m’a proposé de travailler à la rédaction du JT, je tremblais en conférence de presse. J’ai d’abord répondu : « Jamais de la vie ! » avant de dire : « Bien sûr, évidemment. » (Rires) Aujourd’hui, j’ai compris une chose : si une décision à prendre me fait peur, je dois la prendre. »
Avec un métier aussi prenant, comment arrivez-vous à préserver votre énergie ?
« Je ne sais pas comment je ferais sans ma maman. Comme j’ai deux enfants, les imprévus sont forcément plus compliqués à gérer. Quand on commence une journée de tournage, on a parfois une heure de fin approximative, mais on ne sait jamais exactement comment les choses vont évoluer. Ma maman est très présente et je peux lui demander de me dépanner à tout moment. Et surtout, elle ne me juge jamais. C’est une chance incroyable. »
Comment avez-vous trouvé votre équilibre entre votre carrière et vos enfants ?
« Avant, je travaillais la semaine et très souvent le week-end. Aujourd’hui, mes enfants sont ma priorité et je n’ai pas le sentiment de passer à côté de quelque chose avec eux. Il y aura parfois des périodes plus intenses où je serai moins présente, mais je pense aussi que voir leur maman heureuse dans son travail est important pour leur épanouissement. Ils savent que je les place au premier plan, tout en voyant que j’aime profondément mon métier. Je trouve que c’est une belle valeur à leur transmettre : travailler dur pour faire quelque chose qu’on aime. »
Avez-vous déjà ressenti une frustration à l’idée que la maternité puisse modifier votre parcours professionnel ?
« Non, parce que c’était mon choix. Je trouve important de rappeler que chaque femme fait comme elle le souhaite. Moi, j’ai instinctivement ralenti. Je me souviens notamment que, enceinte de mon premier enfant, TF1 m’avait appelé pour me proposer de remplacer la présentatrice de Chronique criminelle. Je devais accoucher en septembre et je me suis dit : « Ça ne va pas être possible. » J’en ai pleuré. Finalement, ils ont décalé le projet et m’ont attendue. J’ai pu passer le casting et faire l’émission. Comme quoi, si les choses doivent s’aligner, elles s’aligneront. »
La charge mentale est une préoccupation importante pour beaucoup de femmes. Comment la gérez-vous ?
« Je pense qu’elle peut se partager si on laisse aussi à l’autre parent la place de la prendre en charge. Je vois beaucoup de mes copines dire : « Je préfère le faire parce que ce sera mieux fait. » Mais dans ce cas, il ne faut pas ensuite se plaindre d’avoir l’impression de tout faire. Moi, je n’ai pas de mal à laisser la place à l’autre, notamment dans la parentalité. »
Si les choses doivent s’aligner, elles s’aligneront

Quand vous rentrez chez vous après une journée chargée, qu’est-ce qui vous aide à passer du mode professionnel au mode privé ?
« La voiture est mon sas de décompression. Je mets de la musique à fond et je chante ! Quand on a des enfants, on sait que lorsqu’on quitte le travail, une deuxième journée commence à la maison. Il faut donc recharger les batteries. Moi, je chante ! » (Rires)
Qu’est-ce que signifie aujourd’hui le bien-être pour vous ?
« J’ai vraiment commencé à faire davantage attention à mon bien-être lorsque j’ai eu 40 ans. Et je n’ai jamais autant aimé mon âge ! Je trouve que c’est la meilleure décennie. J’ai l’impression d’être sortie du tunnel compliqué des premières années avec les enfants. Je fais davantage de sport, je fais plus attention à mon alimentation et je me protège aussi beaucoup plus du négatif. Mes 40 ans ont été un véritable déclic : je me suis dit ‘Attends, ça ne va pas se passer comme ça. On va reprendre les choses en main‘. »
Avez-vous une véritable routine bien-être ?
« Le sport, déjà. Et puis les bains : passion absolue ! J’adore m’envelopper dans la chaleur. Je fais attention à la planète et je ne remplis donc pas ma baignoire à ras bord, mais alors mes bains sont horriblement chauds ! Mes enfants savent qu’il ne faut même pas toucher l’eau sous peine de se brûler. (Rires) C’est vraiment mon petit plaisir. »
Y a-t-il un mantra ou une philosophie de vie qui vous accompagne ?
« Ma grand-mère me disait : ‘Le mieux est l’ennemi du bien.’ Je crois que je ne l’ai compris que très récemment. Il y a vraiment une notion de lâcher-prise là-dedans. Se dire : « Tu sais quoi ? On va lâcher prise et ça va bien se passer. » Et depuis mes 40 ans, j’ai vraiment appris à lâcher prise. Je souhaite à tout le monde de faire une crise de la quarantaine comme la mienne ! Je n’ai jamais été aussi bien. »
Si vous deviez donner un conseil à une femme active qui a l’impression de courir après le temps, que lui diriez-vous ?
« Sois plus douce avec toi-même. Je pense que cette impression de courir après le temps vient parfois du regard que l’on imagine que les autres portent sur nous. Il faut se détacher de ce qu’ils pourraient penser, de la manière dont on mène sa vie. Finalement, je reviens toujours au même constat : le lâcher-prise. » •
Si une décision à prendre me fait peur, je dois la prendre
© Gregory Van Gansen






