Par Justine Doyen

Frédéric Panier: « La Wallonie a des atouts, mais il faut les activer »

Frédéric Panier, CEO d’AKT, voit la transition durable comme un levier de performance, de compétitivité et de sens pour les entreprises. Rencontre avec un acteur clé du changement en Wallonie pour qui durabilité rime avec attractivité économique et résilience territoriale.

Vous êtes à la tête d’AKT, l’organisation patronale qui accompagne les entreprises wallonnes. Pourquoi avoir fait évoluer le nom et le positionnement de l’UWE ?

« Notre changement de nom est l’affirmation de l’alliance entre l’ex-UWE (Union Wallone des Entreprises) et les cinq Chambres de Commerce et d’Industrie, qui représentent l’ancrage local du monde de l’entreprise en Wallonie. AKT, c’est d’abord un nom plus court, plus percutant, plus moderne. Sur le fond, c’est surtout la marque d’une nouvelle orientation. La défense des intérêts des entreprises, le dialogue avec les partenaires sociaux et environnementaux restent nos fondements principaux, mais nous voulons agir, ne plus être uniquement dans le registre de la revendication. Notre enjeu, c’est de construire des solutions avec les acteurs de terrain, au service des entreprises et de la société wallonne dans son ensemble. Il faut connecter nos entreprises, en les accompagnant quand elles en ont besoin et en construisant des solutions concrètes aux problèmes sociétaux, par exemple en matière de décarbonation. »

En quoi la durabilité est-elle au cœur de cette transformation ?

« La durabilité est incontournable. Elle conditionne notre avenir, mais aussi notre compétitivité actuelle et répond aux attentes des clients, des investisseurs, des talents. Nous devons en faire un moteur de performance, pas une case à cocher. Cela implique de sortir d’une approche purement contraignante et excessivement administrative, pour envisager la durabilité comme un levier stratégique, créateur de valeur à long terme. »

La Wallonie a parfois l’image d’une région en retard dans la transition. Est-ce justifié ?

« J’ai visité des dizaines d’entreprises au cours des derniers mois et je trouve, au contraire, que les entreprises wallonnes sont à la pointe de la transition vers une économie décarbonée. La preuve : la quasi-totalité des grands industriels ont aujourd’hui un plan de décarbonation avec des solutions techniques. Mais pour passer à l’action, il faut que les conditions soient réunies. Or, ce qui bloque aujourd’hui, c’est l’absence d’un cadre réglementaire, d’infrastructures collectives et d’un cadre économique adapté pour assurer une transition réussie sans oblitérer la viabilité de l’économie et de l’emploi sur notre territoire. »

Quels sont les chantiers prioritaires selon vous ?

« Les enjeux sont multiples. Construire l’autonomie énergétique à l’échelle belge et européenne, en particulier pour assurer l’accès des industriels et des citoyens à une électricité bas carbone à un prix abordable ; faire de la rénovation des bâtiments un levier majeur de relance pour le secteur de la construction ; accompagner la décarbonation industrielle en levant les obstacles réglementaires et en soutenant nos champions technologiques. Enfin, il faut développer les compétences de demain, notamment les « soft skills » et la culture numérique. »

La révolution industrielle verte est souvent perçue comme une menace. Est-elle compatible avec la croissance ?

« Oui, mais elle doit être accompagnée d’un cadre qui permet aux entreprises d’investir et d’innover tout en restant compétitives. Cela suppose de soutenir l’innovation, d’adopter un cadre règlementaire adapté par exemple en matière de permis ou de transport de CO2, ou encore de créer une demande pour les produits et services durables. Si on ne le fait pas, on aura peut-être décarboné notre société mais en ayant détruit notre économie. »
L’intelligence artificielle est de plus en plus présente dans le quotidien de chacun. Comment accompagnez-vous les entreprises dans cette transformation ?
« L’IA révolutionne les technologies et les organisations, transformant les chaînes de valeur. Intégrée avec une vision stratégique et des compétences adaptées, elle optimise énergie, logistique, maintenance et renforce la durabilité et la compétitivité des entreprises. Mais effectivement, cela n’est pas évidemment pour tous les chefs d’entreprise, en particulier dans les PME. C’est pourquoi, nous sommes d’ailleurs en train de développer avec les Chambres de Commerce et d’Industrie un parcours d’accompagnement des entreprises dans cette transformation. »

Quelles sont les attentes des entreprises en matière de mobilité durable ?

« Il faut éviter les approches dogmatiques : les entreprises ne demandent souvent pas mieux que d’adopter une mobilité plus durable mais elles ont besoin de simplicité, de lisibilité, et des solutions faciles à mettre en œuvre. Le budget mobilité, par exemple, reste complexe pour beaucoup de PME. Chez AKT, nous proposons différents services qui peuvent aider les entreprises à se saisir de ce sujet de mobilité durable au sens large. Nous avons mis en place un guichet mobilité, des formations de mobility manager, des bilans personnalisés… Et nous encourageons des initiatives comme Tous vélo-actifs, qui favorisent les trajets domicile-travail à vélo. »

Quel message souhaitez-vous adresser aux entrepreneurs wallons ?

« Osez vous engager dans la transition, mais faites-le avec lucidité et pragmatisme en vous concentrant sur les leviers de durabilité qui sont aussi créateurs de valeur pour votre entreprise. Nous croyons à une économie wallonne qui soit à la fois durable, innovante et fière de ses racines industrielles. La durabilité doit être vue comme une chance de réinventer son activité, d’attirer des talents, de se différencier, d’être plus résilient face aux crises. Les entreprises qui intégreront ces dimensions dans leur stratégie seront les gagnantes de demain. Chez AKT, nous essayons d’y contribuer, en accompagnant les entreprises dans cette transformation mais aussi en étant leur porte parole auprès des pouvoirs publics afin que cette transition soit possible, tout en maintenant la compétitivité de nos entreprises et l’attractivité économique de notre territoire. »

Le saviez-vous ?

Chaque semaine, Frédéric Panier prend la route pour rencontrer une entreprise wallonne. « Une heure sur le terrain vaut souvent mieux que n’importe quelle statistique. J’écoute, j’observe, j’échange. Je cherche du concret : des questions, des idées, parfois des blocages, souvent de l’élan. »

septembre 11, 2025
par Justine Doyen
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