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Couple : comment ne plus tout porter seule

mars 5, 2026
par Justine Doyen

Dans de nombreux couples, le travail émotionnel repose encore largement sur les épaules des femmes. Être attentive, maintenir le lien, anticiper les besoins de l’autre… À long terme, cette charge invisible peut déséquilibrer la relation et épuiser celles qui la portent. Comment rendre cette charge visible, poser des limites et communiquer sans se perdre ?

Le travail émotionnel : un lien à entretenir… souvent seule

Le travail émotionnel dans le couple ne se résume pas à « parler de ses émotions ». Il s’agit avant tout, explique Delphine Van Simaey, thérapeute de couple, de « conserver un lien affectif, quasi quotidien, qui doit être travaillé. » Planifier des moments à deux, maintenir le dialogue, veiller à la connexion émotionnelle : autant de tâches invisibles qui reposent encore majoritairement sur
les femmes.

Pourquoi cette inégalité persiste-t-elle ? « Il y a encore ce côté genré et éducationnel très présent, observe la thérapeute. Les générations actuelles restent marquées par des schémas où les femmes entretiennent les liens sociaux et affectifs. »

Quand la charge devient trop lourde

Quand la pression s’accumule, le risque est grand de basculer dans l’attaque. Or, comme le rappelle la thérapeute, « dès qu’on interprète, on est dans le jugement, et le jugement, c’est de l’agressivité, pas de l’assertivité. » Communiquer de manière assertive implique de parler en “je”, de rester factuelle et d’exprimer son vécu sans accuser l’autre.

Cela demande aussi de ralentir. « Il faut prendre un temps de recul et sentir ce qui se passe dans son corps », conseille Delphine Van Simaey. Répondre à chaud, c’est souvent laisser la colère ou la frustration prendre le dessus, là où une parole posée ouvre un véritable espace d’échange.

La méthode des trois phrases pour aborder les sujets sensibles

Pour structurer les échanges délicats, la communication non violente propose une méthode en trois étapes :

  1. Décrire les faits, sans interprétation.
  2. Exprimer son ressenti.
  3. Formuler un besoin ou une demande.

« Derrière tout ressenti, il y a un besoin non rencontré », souligne la thérapeute. Identifier ce besoin permet de sortir du reproche et de clarifier ce qui est attendu.

Mais attention : tous les besoins ne doivent pas nécessairement être comblés par l’autre. Certaines attentes peuvent aussi être nourries par soi-même.

Poser des limites et recréer la réciprocité

Préserver l’équilibre émotionnel passe aussi par des limites claires : sur sa disponibilité, son énergie, sa capacité à contenir les émotions de l’autre. Le couple est une entité complexe, rappelle Delphine Van Simaey : « Il y a le je, le tu et le nous. » Nourrir le lien ne doit jamais se faire au détriment de soi.

Rendre visible la charge émotionnelle, communiquer avec assertivité et poser des limites claires permet de sortir des dynamiques d’épuisement et de recréer une relation plus juste, plus vivante, où chacun est responsable de sa part.

Self-care

Prévoyez un check-out : un moment où vous notez consciemment les émotions, les attentes et les préoccupations que vous avez portées cette semaine-là et qui ne vous appartenaient pas (entièrement). Notez-les et désignez celle que vous souhaitez restituer à la relation : quelque chose que vous ne portez plus seul, mais que vous partagez désormais. Discutez-en avec votre partenaire à un moment calme, en le présentant comme une responsabilité partagée et non comme une critique. En lâchant activement prise sur ce qui ne vous appartient pas, vous récupérez non seulement votre énergie, mais aussi la réciprocité dans votre travail émotionnel.

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