Par Justine Doyen

Jill Vandermeulen: « Mon rêve c’est d’être sur scène, pas d’être célèbre »

Entre humour et entrepreneuriat, Silent Jill trace un chemin singulier. De la Star Academy à ses chaînes YouTube, la créatrice de contenu belge revient sur son besoin de créer, sa vision des réseaux… et ses rêves d’une vie plus apaisée.

Vous aimez beaucoup vous mettre en scène dans des vidéos. D’où vous vient cette attirance pour le spectacle ?

« Je pense que ça me vient clairement de mes parents. Ma mère était mannequin et mon père, un vrai artiste, a eu son petit moment de gloire dans les années 80. À la maison, j’ai grandi dans un univers très artistique, entourée de comédiens, de chanteurs… En fait, j’ai baigné là-dedans depuis toute petite ! »

Plus jeune, quel métier rêviez-vous d’exercer ?

« À un moment, je voulais être fleuriste. C’est quand même un peu créatif, non ? J’adorais composer des bouquets. J’aimais aussi l’idée d’être institutrice : j’ai toujours eu le goût du contact avec les enfants. Aujourd’hui, j’ai l’impression de mêler ces deux aspects dans mon métier : créativité et interaction humaine. »

En 2005, à 17 ans, vous participez à la Star Academy. Comment cela s’est-il fait ?

« Tout a commencé quand j’ai participé à l’émission Pour la gloire sur la RTBF, à 14 ans. J’ai été finaliste. Ensuite, je suis partie un an aux États-Unis pour mes études. Pendant mon absence, ma mère a été contactée par la production de la Star Ac’. Ils m’avaient repérée dans Pour la gloire et voulaient absolument me rencontrer à mon retour. J’ai passé les derniers castings à Paris, devant Pascal Nègre, Alexia Laroche-Joubert… et j’ai fini dans le château ! »

Et ça correspondait à ce que vous imaginiez ?

« Visuellement, oui : le château, les cours, les profs… c’était génial. Mais la façon dont la production gérait les candidats, beaucoup moins. Dès le début, on a eu une entrevue avec un psy, avec des questions parfois… étranges. Ensuite, ils m’ont façonnée à leur image : “la Belge”, “la petite mannequin”. Ils ont même inventé des choses, comme le fait que j’étais partie aux États-Unis pour devenir mannequin, alors que j’étais simplement en famille d’accueil ! »

Avec le recul, vous y participeriez à nouveau ?

« Pas dans les mêmes conditions. À l’époque, j’étais jeune, je découvrais tout. Aujourd’hui, avec l’expérience, je ne me laisserais plus embarquer aussi facilement. Mais je ne regrette pas : ça m’a beaucoup appris. »

La célébrité, c’était un objectif pour vous ?

« Pas la célébrité en soi. Je voulais être reconnue pour ce que je fais. Mon rêve, c’était d’être sur scène, devant un public qui aime ma musique, ce que je propose… Pas qu’on m’arrête dans la rue pour qui je suis, mais pour ce que je crée. »

Vous pensez refaire de la musique un jour ?

« Oui, ça me trotte toujours dans la tête. J’adore ça. Dès que je suis en studio avec Bendo, mon meilleur ami chanteur, je suis dans ma bulle. On s’était même lancé un défi : faire un morceau qui passerait à la radio… et on l’a fait ! J’aimerais recommencer, juste pour le plaisir. L’objectif, c’est de partager avec ma communauté, pas de devenir une star. »

Vous êtes ensuite devenue speakerine chez RTL. Comment cela s’est-il passé ?

« Un peu par hasard ! Ma tante avait vu une annonce sur Facebook : ils cherchaient de nouveaux visages. Je me suis inscrite au casting. Pour me démarquer, j’ai improvisé un sketch : j’ai fait semblant de recevoir un appel de ma grand-mère pendant ma présentation.
Ça les a fait rire, et je pense que ça a joué. Je n’ai jamais fait d’école de journalisme ni de communication, mais j’avais l’expérience de la télé, du mannequinat, du milieu artistique. J’ai dû prouver que j’avais ma place, et je me suis battue pour ça. »

L’influence est un vrai secteur. On mérite d’être mieux protégés.

Sur Instagram, vous publiez souvent des vidéos pleines d’humour. C’est naturel chez vous ?

« Complètement ! L’humour fait partie de moi. Je ne pourrais pas être sur les réseaux sans ça. Parfois, je me retiens même un peu… Mais j’adore me moquer de moi-même, jouer avec les situations. Je fais partie de cette génération des années 80, on riait de tout. »

Vous trouvez qu’on peut moins rire aujourd’hui ?

« Oui, c’est devenu plus compliqué. Tout peut être mal interprété. Il n’y a plus de nuance sur les réseaux, surtout sur TikTok, où ça peut vite dégénérer. Il faudrait aussi qu’on ait des protections, nous les créateurs. Parce qu’en face, les gens peuvent dire n’importe quoi sans conséquence. »

Vous avez déjà vécu des moments compliqués à cause de ça ?

« Oui. Certains montent des vidéos entières juste pour nuire. Ils inventent que je suis une héritière, que je vote à droite, que je suis manipulatrice… Tout est faux, mais ça impacte mon image, mon travail. Et comme on ne peut pas réagir à tout, on se protège comme on peut. »

Comment gérez-vous cela au quotidien ?

« J’essaie de prendre du recul, mais parfois, ça me blesse. Surtout quand ça touche ma famille ou qu’on remet en question mon parcours. Ce qui me révolte, c’est qu’il n’y a aucun recours. Pourtant, l’influence est un vrai secteur : on génère des revenus, on devrait être un minimum protégés. »

Vous craignez que ça dérape un jour ?

« Oui, parfois. Entre créateurs, on se demande souvent : « À quand le drame ? » Les gens croient tout savoir de nous, alors qu’on ne montre qu’une partie de nos vies. Et on ne sait jamais qui se cache derrière un écran.
On a tous nos galères, même si ça ne se voit pas. Ce n’est pas parce qu’on a grandi dans une famille stable que tout a été simple. Mes parents sont divorcés, et ça n’a pas toujours été facile. Chacun traverse ses tempêtes… mais avec les réseaux, on oublie vite que personne n’a une vie parfaite. »

Vous êtes créatrice de contenu et maman. Quel regard portez-vous sur les réseaux sociaux, en tant que parent ?

« C’est un équilibre à trouver. Ma fille me voit évoluer dans cet univers, mais elle a une maturité incroyable. Elle ne se laisse pas atteindre par le regard des autres. Et moi, je garde un œil sur ce qu’elle fait : ce qu’elle poste, le temps qu’elle passe en ligne… Je veille à ce que tout reste adapté à son âge. »

L’école a-t-elle un rôle à jouer dans la prévention numérique ?

« Bien sûr. Mes enfants sont dans une école qui prend cela au sérieux. Les téléphones y sont interdits, et il y a régulièrement des rappels à ce sujet. Mais le souci, c’est que beaucoup de parents ne suivent pas. Certains ne savent même pas quelles applis leurs enfants utilisent. Le dialogue doit venir de l’école, mais aussi des familles. Personnellement, je me déplace gratuitement dans les écoles qui en font la demande pour discuter avec les jeunes des dangers des réseaux sociaux. Je connais évidemment bien le sujet et je pense que ça leur parle d’autant plus. »

Vous avez deux chaînes YouTube : l’une lifestyle, l’autre axée sur le paranormal. Laquelle préférez-vous ?

« Impossible de choisir ! (rires) Mais si je devais n’en garder qu’une, ce serait la chaîne lifestyle. Elle me permet de toucher plus de monde, de parler de mon quotidien, de transmettre du positif. La chaîne paranormale, je l’adore, mais elle coûte cher à produire : une seule enquête peut aller jusqu’à 5 000 euros. Et si YouTube ne met pas la vidéo en avant, je ne touche rien. C’est donc la chaîne lifestyle qui permet à l’autre d’exister. Grâce à la pub et aux collaborations, je peux faire vivre les deux, même si ça râle souvent à cause des pubs ! »

Comment se passent les collaborations avec les marques ?

« Avec beaucoup de rigueur. J’ai une charte éthique. Je ne travaille qu’avec des marques que j’aime et que j’utilise au quotidien. Pas question de faire cinq pubs dans la même semaine ou de vendre un produit que je n’ai jamais testé. Je me limite à une collaboration par jour sur insta et/ou une collaboration par vidéo sur YouTube, et surtout, je reste honnête. C’est cette transparence qui crée la confiance avec ma communauté. »

Vous avez lancé votre propre marque de bougies, Yashi. Racontez-nous.

« On a justement retravaillé la direction artistique récemment : on est passé du moyen de gamme au haut de gamme, avec des produits faits main en Europe, toujours associés à des pierres. On voulait quelque chose de beau, d’éthique, sans tomber dans l’industriel. C’est un projet de cœur, géré avec ma sœur et mon compagnon, qui revient en ligne début octobre. »

Vous êtes maman, entrepreneuse, conjointe, amie… Quelle est votre vision de la femme en 2025 ?

« Je ne veux pas donner de définition. Il n’y a pas une seule façon d’être femme. Tu peux être mère au foyer et épanouie. Tu peux être célibataire et voyager seule autour du monde. C’est tout aussi génial. Ce que je souhaite aux femmes, c’est de vivre leur propre vie, pas celle qu’on attend d’elles. De ne pas rester dans une situation par peur de déranger. Moi, j’ai eu quatre enfants, de trois papas différents, je suis divorcée, j’ai changé mille fois de métier… Je ne rentre dans aucune case. Et pourtant, je suis heureuse. Donc : soyez la femme que vous avez envie d’être. »

Où vous voyez-vous dans dix ans ?

« J’espère avoir levé un peu le pied. J’ai commencé à bosser à 18 ans, donc dans dix ans, j’aimerais être plus tranquille. Je me vois organiser des cercles de femmes, écrire, faire des conférences… Être dans le partage. Et plus tard, pourquoi pas devenir cette vieille dame dans une maison apaisante, chez qui les gens viennent boire une tisane pour se ressourcer (rires). Loin des réseaux. »

Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter ?

« De la paix intérieure, de la sérénité. Et que mes projets, portés avec le cœur, continuent de grandir. C’est tout ce que je demande. » ” ☉

Le saviez-vous ?

Jill a célébré la fête du 4 juillet avec sa meilleure amie, Gaelle Garcia Diaz ,aux Etats-Unis, dans une villa à Malibu : « Il s’agissait d’une fête privée dans laquelle se trouvaient Léonardo Di Caprio, Sean Penn, et d’autres célébrités. C’était une situation complètement improbable mais cela reste un de mes souvenirs les drôles à raconter. »

septembre 11, 2025
par Justine Doyen
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