«La diversité commence par la curiosité»
De plus en plus d’écoles, d’entreprises et d’organisations en Belgique prennent des mesures pour favoriser la diversité et l’inclusion. Mais une question reste centrale : comment faire en sorte que les gens cherchent réellement à se comprendre dans une société multiculturelle ?

Dans les écoles belges, la diversité culturelle est plus grande que jamais, mais l’enseignement ne suit pas toujours cette évolution. Michael Houben, ingénieur, formateur et conférencier, pointe une zone aveugle : « Nous enseignons principalement aux enfants l’histoire de l’Europe de l’Ouest. Alors que l’histoire de la Chine, de l’Inde, du monde arabe ou de l’Amérique du Sud est tout aussi importante. En Chine, ils apprennent bien la culture européenne. »
Travailler ensemble dans un contexte multiculturel comme nouvelle norme
Pour de nombreux élèves, cela entraîne un manque de reconnaissance, tandis que d’autres développent une vision du monde plus limitée. Pourtant, de plus en plus d’initiatives tentent de combler ce fossé, comme l’introduction de la littérature mondiale en classe ou des projets où les élèves découvrent les histoires des autres.
Dans les entreprises aussi, la diversité devient de plus en plus la norme, ce qui apporte son lot de défis. « La culture influence la manière dont les gens communiquent, prennent des décisions et collaborent », explique Houben. « Cela est souvent sous-estimé. »
Selon lui, des cadres comme The Culture Map permettent justement de désamorcer les malentendus, et non de les créer. « Certains parlent de catégorisation, mais ce n’est pas vrai. Les modèles ne servent pas à enfermer les gens, mais à mieux comprendre les comportements. Ce qui arrive souvent », détaille-t-il, « c’est que les gens réalisent soudain : Ah, il est logique que nous ne nous soyons pas compris. Et cet éclairage fait retomber beaucoup de tension. On voit un poids se lever de leurs épaules, car les malentendus deviennent enfin compréhensibles. »
La bienveillance est l’antidote à la polarisationMichael HoubenIngénieur, formateur et conférencier

Bienveillance et humour
S’intégrer dans une nouvelle culture n’est pas simple, illustre Houben : « Les premiers mois après avoir déménagé de Belgique en Chine, je me suis vraiment demandé : est-ce que ça va bien se passer ? », raconte-t-il en souriant. « Mais après un certain temps, j’ai commencé à comprendre comment les décisions étaient prises, comment la communication fonctionnait, comment les gens exprimaient parfois quelque chose de manière indirecte plutôt que de le dire explicitement. Au bout de huit mois environ, tout est devenu plus clair. »
Un long séjour à l’étranger peut élargir profondément la perspective. « Ce n’est qu’en devant fonctionner soi-même dans une autre culture qu’on comprend ce que signifie arriver comme étranger dans une nouvelle société. Cela rend plus bienveillant. Plus patient. On juge moins vite. Pas besoin d’être un grand voyageur pour être curieux. »
Ce changement d’état d’esprit est précisément essentiel dans une société inclusive : non pas effacer les différences, mais apprendre à les comprendre. « La bienveillance », dit-il, « est peut-être la compétence la plus importante dans un monde multiculturel. » L’humour joue également un rôle clé. « L’humour permet d’aborder les différences sans tension. L’autodérision culturelle fonctionne très bien. On remarque que les gens se détendent. » Ce sont ces réactions spontanées qui ouvrent des portes, plus que les discours formels.
Pourtant, tout n’est pas toujours simple. Houben observe que les gens vivent de plus en plus dans leur propre bulle : différents groupes, différents référentiels, différents médias. Le résultat est parfois plus de distance que de compréhension. « Si les groupes continuent de vivre côte à côte avec leurs propres règles et médias, on obtient de la fragmentation. Regardez les États-Unis : personne ne veut ça. »
Cette observation ne vient pas du pessimisme, mais de l’expérience de ce qui peut changer quand les gens apprennent réellement à se comprendre. Pour lui, le changement ne réside pas dans de grandes structures, mais dans le regard porté sur l’autre. « Quand on comprend pourquoi quelqu’un agit d’une certaine manière, la peur disparaît et laisse place à la bienveillance. Et c’est l’antidote à la polarisation. »

Un autre regard
Houben donne quelques conseils pratiques pour se lancer soi-même :
« Demandez comment les choses se font ailleurs, sans comparer ou juger. Utilisez l’humour pour désamorcer les tensions, y compris envers vous-même. Ne partez pas du principe que vous savez ; posez des questions. Laissez les silences exister sans vouloir les combler. Et surtout : donnez aux gens l’espace de raconter leur histoire sans jugement. »
Il ajoute un conseil pour les entreprises et organisations : « Investissez dans le partage de connaissances entre collègues, car c’est une valeur partagée dans toutes les cultures. Cela crée du lien, favorise la collaboration et améliore la productivité. »
En repensant à son séjour en Chine, il insiste sur l’importance de redevenir « débutant » : ne pas tout comprendre, ne pas pouvoir tout lire, dépendre des autres pour interpréter le monde. « Cela te transforme. Tu t’ouvres. Tu comprends ce que signifie être “étranger”. »
Selon lui, cet apprentissage reste durable car il change la manière de regarder le monde. « La diversité ne se trouve pas dans les chiffres ou les statistiques. Elle est dans les personnes, les histoires et la curiosité envers l’autre. Si nous apprenons cela, la Belgique deviendra un endroit plus chaleureux pour tous. »







