Par Justine Doyen

Prof. Régis Radermecker : « Le diabète de type 2 est une maladie silencieuse »

Le Professeur Radermecker, Past Président de l’Association du Diabète, médecin au Service de Diabétologie du CHU de Liège et Professeur de pharmacologie clinique à l’ULg décrypte cette maladie qui touche de plus en plus de personnes.

Pourriez-vous expliquer ce qu’est le diabète ?

« Un diabète, c’est un excès de sucre dans le sang. Le sucre dans le sang, c’est ce qu’on appelle la glycémie. Il existe différents types de diabète, mais cet excès de sucre est nocif pour le corps humain, en particulier pour les vaisseaux sanguins. »

Pouvez-vous préciser les différentes formes de diabètes qui existent ?

« Le diabète de type 1 représente environ 10 % des cas. Le pancréas ne fabrique plus du tout d’insuline, l’hormone qui régule la glycémie. Ces patients doivent donc s’injecter de l’insuline toute leur vie, plusieurs fois par jour ou à l’aide d’une pompe. Le diabète de type 2 est le plus fréquent. Il est plus insidieux, car il ne donne pas toujours de symptômes au départ. Dans ce cas, le corps fabrique encore de l’insuline, mais elle agit moins bien : on parle de résistance à l’insuline. Il existe également des formes plus rares : des diabètes génétiques, …ou liés à certains médicaments ou maladies et évidemment les diabètes de grossesse. Le traitement dépend de la gravité du diabète. Il repose d’abord sur l’hygiène de vie et, parfois, sur l’insuline aussi. C’est un vrai problème de santé publique car sa fréquence augmente et beaucoup de personnes en sont atteintes sans le savoir. »

Pourquoi dit-on que le diabète de type 2 est une maladie silencieuse ?

« Parce que le diabète de type 2, surtout, ne provoque pas de symptômes au début. On le découvre souvent par hasard, lors d’une prise de sang. Le problème, c’est qu’il a parfois déjà causé des dégâts depuis plusieurs années sans que le patient ne s’en rende compte. »

On parle d’une augmentation importante du diabète dans le monde ?

« Oui, le diabète de type 2 augmente partout. Les causes sont multiples : le surpoids, l’obésité, une alimentation trop inadaptée, et surtout la sédentarité. Nos sociétés bougent beaucoup moins qu’avant. Ce sont ce qu’on appelle les raisons hygiéno-diététiques : alimentation et activité physique jouent un rôle essentiel. »

Quels sont les premiers symptômes qui doivent alerter en cas de diabète ?

« Pour le diabète de type 2, ce sont souvent des signes peu spécifiques : fatigue, soif excessive, sommeil non réparateur, envie fréquente d’uriner ou infections répétées, surtout au niveau urogénital. Face à ces symptômes, il faut faire une prise de sang pour mesurer la glycémie. C’est un examen simple et peu coûteux pour la collectivité, mais essentiel. Diagnostiquer tôt permet d’éviter ou retarder des complications plus graves. »

Quelles sont les principales complications du diabète ?

« Elles dépendent de la durée du diabète et de la qualité de son équilibre. Les complications touchent surtout les vaisseaux artériels : les gros (cœur, cerveau, jambes) et les petits (yeux, reins, nerfs). On peut donc observer des infarctus, AVC, amputations, cécité, insuffisances rénales ou douleurs neuropathiques. Il existe aussi un lien avec la santé bucco-dentaire : une mauvaise hygiène dentaire peut favoriser le diabète, et inversement, un diabète mal contrôlé aggrave les problèmes des gencives. »

« Bien soigner un patient diabétique, c’est retarder les complications. »

Peut-on en guérir ?

« Le diabète de type 1, non. C’est une maladie auto-immune, on ne peut pas encore le guérir. Pour le type 2, on peut parfois atteindre une rémission. C’est le cas après une chirurgie de l’obésité ou des changements de mode de vie très stricts. Certains patients n’ont alors plus besoin de traitement, mais il faut rester vigilant : on parle plutôt de rémission que de guérison. »

Quels sont les traitements disponibles aujourd’hui ?

« D’abord, il faut une alimentation équilibrée et pratiquer une activité physique régulière. Ensuite, il existe des médicaments qui agissent sur différents mécanismes : certains stimulent la sécrétion d’insuline, d’autres réduisent l’appétit, favorisent la perte de poids ou éliminent le sucre dans les urines. Enfin, il y a l’insuline, avec plusieurs types et des progrès importants. Le traitement doit être personnalisé en fonction de chaque patient. »

Que pensez-vous de l’utilisation des injections comme l’Ozempic pour perdre du poids ?

« Ces molécules ont été développées pour le diabète. Elles ont aussi un effet sur le poids, mais leur usage détourné à des fins esthétiques est problématique. Cela crée des pénuries pour les patients qui en ont vraiment besoin. C’est un progrès extraordinaire, mais ça reste un médicament, avec ses indications et ses risques. »

La prévention du diabète, par où commencer ?

« Par l’éducation, dès le plus jeune âge. Apprendre à bien manger, à bouger plus. Certaines écoles interdisent les sodas ou proposent des soupes à la récréation : c’est une excellente initiative. Il faut sensibiliser, mais sans faire peur. En santé, la peur ne fonctionne pas. »

Le stress et le manque de sommeil peuvent-ils influencer la maladie ?

« Le stress ou le manque de sommeil provoquent un déséquilibre métabolique. Le stress pousse à manger sucré, la fatigue réduit l’envie d’activité physique. Tout est lié. C’est pourquoi il faut aborder le diabète de manière globale. »

Le suivi médical est donc essentiel ?

« Oui, c’est un travail d’équipe. Le patient est au centre, entouré de médecins, d’infirmières éducatrices, de diététiciennes, parfois de psychologues. Cette approche multidisciplinaire améliore réellement la qualité de vie. »

Quel rôle joue l’Association du Diabète ?

« Elle informe et accompagne les patients. Elle propose des ateliers, des activités sportives, une revue, des journées d’échanges, mais aussi un soutien administratif et juridique. Elle soutient également la recherche et dialogue avec les autorités pour défendre les droits des personnes diabétiques et de leurs familles. »


Le saviez-vous ?

Les progrès technologiques ont transformé la vie des personnes diabétiques. Les pompes à insuline, surtout utilisées pour le diabète de type 1, facilitent la gestion du traitement au quotidien. Les capteurs de glucose ont remplacé les piqûres répétées au bout du doigt : placés sur la peau, ils mesurent en continu le taux de sucre et transmettent les données directement au smartphone. Une véritable révolution, synonyme de confort, de sécurité et d’autonomie pour des milliers de patients.


 

décembre 18, 2025
par Justine Doyen
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