Jean-Luc Crucke: L’éconologie, clé de l’avenir économique belge
Et si l’on arrêtait de considérer les reporting de durabilité comme une paperasse de plus ? Pour Jean-Luc Crucke, elles sont une opportunité en or pour les entreprises belges qui veulent rester compétitives et pertinentes.
Il y a quelques années, lors d’une rencontre avec des dirigeants d’entreprise, l’un d’eux m’a lancé : « La durabilité, c’est bien… mais ce n’est pas pour nous. On a d’autres urgences. »
Je le comprends. Quand on est submergé par les défis quotidiens – coûts de l’énergie, pression fiscale, rareté des talents – les exigences de transparence peuvent paraître secondaires, voire décourageantes.
Mais aujourd’hui, ce discours me semble dépassé. La directive CSRD, les critères ESG, la taxonomie européenne ne doivent pas être considérés comme des obstacles mais bien comme des leviers. Pour innover, gagner en efficacité, attirer les meilleurs profils. Et surtout, pour renforcer la résilience de notre économie belge dans un monde instable.
Le recul récent décidé par le Conseil de l’UE – réduisant le champ d’application de la CSRD avec 80% – envoie un mauvais signal. Une évolution inquiétante, d’autant plus que de nombreuses entreprises belges rapportent déjà volontairement leurs données ESG depuis des années. Reculer aujourd’hui, alors que le climato-scepticisme et la polarisation politique progressent, constituerait une erreur stratégique. Même la Banque centrale européenne a tiré la sonnette d’alarme : moins de transparence signifie plus de risques d’erreurs dans l’évaluation des expositions climatiques qui engendrent des répercussions potentielles sur la stabilité financière.
Cela ne signifie pas pour autant que la CSRD soit exempte de critiques. De nombreuses entreprises soulignent – à juste titre – que c’est avant tout l’ampleur du contenu à rapporter, le « quoi », qui pose problème, bien plus que le « qui ». Il semble donc que la Commission se soit trompée de cible : cette simplification ressemble davantage à une logique de dérégulation.
La directive CSRD, les critères ESG, la taxonomie européenne ne doivent pas être considérés comme des obstacles mais bien comme des leviers.
Opposer compétitivité et durabilité est un non-sens. Les entreprises qui investissent dans leur impact environnemental et social recrutent mieux, fidélisent davantage et traversent les crises avec plus d’agilité. C’est ce que j’appelle l’éconologie : une convergence entre performance économique et responsabilité écologique.
Le rapportage de durabilité doit rester un outil de création de valeur. Lorsqu’il se réduit à une contrainte administrative, il perd tout son sens. Mesurer ses émissions de gaz à effet de serre, par exemple, permet souvent d’identifier des leviers d’économies d’énergie. Les banques offrent notamment des taux plus avantageux aux entreprises présentant un risque ESG plus faible. Les gains sont donc réels.
Même si l’obligation s’allège, la transparence reste une force. La confiance, ça se construit. Ne réduisons pas ces exigences à de simples coûts de conformité. Voyons-les comme une opportunité pour préparer notre tissu économique à l’économie de demain : résiliente, inclusive et durable. Soyons des entrepreneurs de l’éconologie !