Par Hannes Dedeurwaerder

« Le facility management doit être autour de la table dès le départ »

Depuis longtemps déjà, le facility management ne se limite plus à la simple « gestion des bâtiments ». Selon Tanja Barella, directrice de belfa, les facility managers rendent la durabilité concrète et visible : à travers l’énergie, la maintenance, la restauration et la mobilité. « Depuis le Covid, le FM est sorti de l’ombre, et davantage encore aujourd’hui avec l’ESG. »

Que fait exactement belfa ?

« Belfa est l’acronyme de Belgian Facility Association, une association professionnelle pour la communauté du facility : d’une part, les professionnels qui prennent en charge le facility management au sein de leur propre organisation et, d’autre part, les prestataires de services et fournisseurs, de la restauration et du nettoyage au HVAC, en passant par l’aménagement et les techniques du bâtiment. Ce qui nous caractérise, c’est notre forte orientation vers le contenu et le partage de connaissances, notamment via des webinaires, des séminaires, des formations, des whitepapers… Notre mission se résume en trois mots : expertise, exchange, evolve. »

Le facility management est encore souvent identifié à la « gestion des bâtiments ». À juste titre ?

« C’est compréhensible, mais cela ne reflète qu’une partie de la réalité. Aujourd’hui, le facility management englobe tout ce qui permet aux personnes de faire leur travail dans un environnement sûr, confortable et efficace. Si beaucoup n’ont pas une image concrète du facility management, c’est parce qu’il reste souvent invisible tant que tout fonctionne. On ne se rend pas compte que derrière le constat “tout fonctionne” se cache toute une organisation. »

Selon vous, le Covid a marqué un tournant pour le FM. De quelle manière ?

« Lorsque tout le monde a cessé d’aller au bureau, puis y est retourné en respectant des règles: une signalisation, des sens de circulation, des limites d’occupation et des procédures adaptées pour le nettoyage et la restauration. On a pris conscience de l’ampleur de l’impact du facility. C’est devenu tout à coup tangible : il s’agit d’un maillon essentiel pour assurer la continuité de l’organisation. Le travail hybride rend le rôle du facility management plus large et plus stratégique. Autrefois, le facility management relevait principalement du département finance. Aujourd’hui, on observe un glissement clair vers les RH, parce que l’humain occupe une place centrale : le bien-être, l’employee experience, l’employer branding… Ils ne sont plus accessoires. Parallèlement, la crise énergétique a constitué un deuxième accélérateur. Les prix de l’énergie ont explosé, tandis que les budgets sont souvent restés inchangés. Et c’est alors au facility management de trouver des solutions à la fois opérationnelles et responsables. »

Pourquoi la durabilité est-elle devenue un thème central ?

« Parce que les facility managers ont une influence directe sur les bâtiments, les services et l’usage quotidien des ressources. En faisant des choix réfléchis en matière d’énergie, de maintenance, de nettoyage, de restauration et de mobilité, il est possible de réduire les coûts et de limiter l’impact écologique. En même temps, cela contribue aux objectifs ESG et au bien-être des collaborateurs. C’est ainsi que la durabilité devient concrète et visible au sein de l’organisation. Les facility managers sont également proches de tout ce qui est mesurable : consommation, taux d’occupation, confort, cycles de maintenance. Ils peuvent donc traduire la durabilité d’une belle ambition en “qu’allons-nous faire différemment dès lundi ?” »

Quel est, selon vous, le rôle du facility management dans l’ESG et la CSRD ?

« Le facility management joue un rôle clé dans la mesure, le monitoring et le pilotage dans son propre domaine : bâtiments, services, fournisseurs, processus. Sans mesure, on travaille sur des suppositions. Avec des données, on peut dire : voilà ce que nous devons faire pour atteindre nos KPI. Le facility management est donc essentiel pour concrétiser la politique et atteindre les objectifs fixés par l’organisation. De plus, l’approche porte de plus en plus sur l’ensemble de la chaîne. Les facility managers ne s’intéressent plus seulement aux produits, mais aussi aux fournisseurs : comment traitent-ils leurs collaborateurs ? À quel point leur fonctionnement est-il durable ? L’ensemble est-il cohérent ? Ces questions prennent une importance croissante. »

Vous dites que la durabilité est aussi une question d’état d’esprit. Les entreprises sont-elles principalement motivées par conviction ou par obligation ?

« Les deux. Certaines entreprises le font par obligation, et dans ce cas, cela reste parfois superficiel. D’autres le font parce qu’elles y croient vraiment, parce qu’elles pensent à leurs enfants et petits-enfants, et parce qu’elles sont convaincues que la durabilité est l’avenir. Cela ne peut pas être un simple “petit projet”. Quand on y adhère pleinement, on adopte une approche réfléchie : en matière d’énergie, mais aussi dans le choix des fournisseurs, l’organisation du nettoyage et de la restauration, la mobilité, l’utilisation des matériaux. C’est là que réside le véritable impact. »

© Gregory Van Gansen

« La durabilité devient concrète dans les choix que vous faites chaque jour : énergie, nettoyage, restauration, mobilité. »

Le facility management est souvent perçu comme un centre de coûts. Pourquoi cette image est-elle si persistante ?

« Parce que le facility management a longtemps été considéré comme purement opérationnel. Il est perçu comme une fonction de support, et ces services sont rapidement réduits à des budgets pour le nettoyage, la restauration, la maintenance, C’est une vision trop limitée. Le facility management influence l’efficacité du travail, l’attractivité du lieu de travail, la durabilité de l’organisation et le fonctionnement sécurisé des infrastructures. Ce sont des zones d’impact stratégiques. Pourtant, les facility managers sont encore trop souvent impliqués tardivement, alors qu’ils devraient être autour de la table dès le début. »

Quel est l’impact de la numérisation sur le facility management ?

« C’est devenu crucial, car mesurer, c’est savoir. Quand on mesure et on surveille, on dispose de données et on peut travailler de manière plus stratégique. La consommation d’énergie, le taux ’occupation, la qualité de l’air, le nettoyage et la maintenance en sont des exemples. Depuis le Covid, et plus encore depuis la crise énergétique, cette évolution s’est fortement accélérée. Le nettoyage évolue aussi : autrefois, on nettoyait à des moments fixes. Aujourd’hui, grâce à des capteurs ou des systèmes de réservation, on peut voir quels espaces ont réellement été utilisés et adapter le planning en conséquence. Cela permet de gagner du temps, de réduire les coûts et d’améliorer l’efficacité. Il en va de même pour la restauration : si on ne sait pas combien de personnes sont présentes un mardi par rapport à un vendredi, il est impossible de planifier intelligemment. »

La technologie implique également de nouveaux risques, tels que la cybersécurité. Est-ce également du ressort du facility management ?

« Plus que jamais. Le facility management fonctionne de moins en moins en silos et collabore de plus en plus avec l’IT. Prenons l’exemple des contrôles d’accès, des caméras, des portiques, de la reconnaissance des plaques d’immatriculation… La gestion des risques, notamment en matière de hacking, fait également partie de notre portefeuille de services. C’est pourquoi j’aime comparer le facility management à un écosystème. La fonction touche aux ressources humaines, à l’informatique, aux finances, mais aussi à la durabilité, à l’énergie et à la sécurité. »

Quelle évolution souhaitez-vous voir se renforcer dans les années à venir ?

« Que le facility management soit davantage reconnu comme une fonction stratégique. Que les directions comprennent qu’il ne s’agit pas seulement d’un coût, mais bien de l’avenir de leur organisation. Et j’aimerais également lancer un appel : il y a trop peu de nouveaux profils. En Flandre, un bachelier en facility management a été supprimé faute d’étudiants, alors que la demande est très forte. En Wallonie, il existe des masters, mais en Flandre, cette formation structurelle fait défaut, alors que la profession évolue à
grande vitesse. »

« Depuis le Covid, le facility management est sorti de l’ombre, et davantage encore aujourd’hui. »

LE SAVIEZ-VOUS…

Quel métier rêviez-vous d’exercer quand vous étiez enfant ?

« Quand j’étais enfant, je ne savais pas vraiment ce que je ferais plus tard, mais je pense que c’est le cas de beaucoup d’enfants. Mon père était souvent en déplacement pour son travail. Il passait beaucoup de temps dans les avions et les hôtels, et cela m’impressionnait. Lorsque j’ai dû choisir des études après l’école secondaire, je me suis dit : je vais faire l’école hôtelière. J’ai travaillé pendant plusieurs années dans l’hôtellerie, surtout à Bruxelles, et pour moi, un hôtel reste le lieu de travail le plus magique. Réception, housekeeping, technique, salles d’événements, restaurants… Tout cela ressemble beaucoup à la manière dont fonctionne le facility management dans les entreprises. La transition a donc été très logique pour moi, d’autant plus que l’on observe de plus en plus une “hôtelisation” dans les entreprises : les lobbys deviennent des lieux de rencontre et le lieu de travail intègre de plus en plus d’expérience. C’est une évolution très passionnante. »

mars 5, 2026
par Hannes Dedeurwaerder
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