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Body&Health

Esra Celik: «Aujourd’hui, le vrai luxe, c’est l’équilibre»

Quelques jours après son accouchement, Esra Celik (@esragram_fit) se livre sans filtre sur la maternité, la charge mentale et les injonctions qui pèsent sur les femmes. La créatrice de contenu évoque avec sincérité sa quête d’équilibre et son refus de la perfection.

9 juin 2026Par Justine Doyen9 min. temps de lecture

Vous avez récemment accouché. Comment allez-vous vous aujourd’hui ?

« Je pense sincèrement que ma réponse aurait été totalement différente avant l’accouchement. Là, même s’il y a évidemment énormément de fatigue, je me sens plutôt bien mentalement. Je sais aussi à quoi m’attendre parce que c’est ma deuxième grossesse. Je sais qu’il y a des hauts et des bas, des moments plus difficiles émotionnellement et physiquement, donc je suis un peu plus préparée à tout ça aujourd’hui. Et puis, il y a aussi ce soulagement d’avoir retrouvé mon corps. La fin de grossesse était devenue compliquée physiquement. J’avais vraiment hâte d’ouvrir ce nouveau chapitre, même avec toutes les difficultés qu’implique l’arrivée d’un nouveau-né. Finalement, malgré le manque de sommeil, je me sens heureuse et reconnaissante. J’essaie surtout de me concentrer sur les petits moments de bonheur du quotidien. »

Votre rapport au corps a-t-il changé avec la maternité ?

« Oui, énormément. Aujourd’hui, je suis vraiment en paix avec mon corps parce que je comprends qu’il évolue constamment. Je peux prendre du poids, en perdre, montrer un corps post-partum avec un ventre encore gonflé… Je sais que tout ça est temporaire. Ce qui compte pour moi, c’est le mode de vie que j’ai au quotidien et la manière dont je traite mon corps. Je suis aussi à l’aise de montrer mes réussites physiques que mes moments plus vulnérables. Et c’est un message important à transmettre aux femmes : il faut arrêter de croire que le bien-être doit être une souffrance permanente. »

Quelle est aujourd’hui votre définition du bien-être, en tant que femme et maman ?

« Ma vision du bien-être a énormément évolué avec les années et avec la maternité. Avant d’être maman, je pense que j’aurais eu une définition beaucoup plus centrée sur moi-même, sur l’apparence ou la performance. Aujourd’hui, le bien-être, pour moi, c’est vraiment l’équilibre. On vit dans une époque où les femmes veulent et parfois doivent tout gérer : leur carrière, leur famille, leur couple, leur santé, leur apparence, leurs hobbies… Et les réseaux sociaux accentuent énormément cette pression parce qu’on voit constamment des femmes qui semblent réussir dans tous les domaines à la fois. Le vrai bien-être, ce n’est pas d’être parfaite partout. C’est réussir à trouver un équilibre entre tout ce qu’on doit faire et tout ce qu’on veut faire, sans tomber dans la surcharge mentale. C’est accepter qu’on ne puisse pas être partout à la fois ni exceller dans tous les domaines en permanence. »

« J’ai compris que si moi je vais bien mentalement, alors je serai une meilleure maman. »

Vous êtes maman, entrepreneuse, créatrice de contenu… Avez-vous l’impression qu’on attend aujourd’hui des femmes qu’elles sachent tout gérer ?

« Oui, complètement. Et je pense même que les femmes ont souvent un niveau d’exigence envers elles-mêmes encore plus élevé que celui de la société. On nous a tellement habituées à devoir être performantes partout qu’on finit par croire que c’est normal. Aujourd’hui, une femme devrait réussir professionnellement, être une mère épanouie, garder une maison impeccable, prendre soin d’elle, faire du sport, avoir des hobbies… C’est devenu une espèce de norme. Et pourtant, c’est totalement irréaliste. Ce qui me dérange aussi, c’est qu’on a parfois un regard très réducteur sur les femmes qui choisissent de se consacrer uniquement à leur foyer ou à leurs enfants, alors que certaines s’épanouissent totalement dans ce rôle. On a l’impression qu’il faut absolument multiplier les casquettes pour avoir de la valeur. Pendant longtemps, moi aussi, j’ai voulu tout gérer seule et montrer que tout était parfait. Aujourd’hui, j’accepte beaucoup plus l’aide autour de moi. J’ai une aide ménagère, mon mari m’aide énormément et parfois, malgré ça, il y a quand même du désordre à la maison. Et c’est normal. »

Quel message aimeriez-vous faire passer aux femmes qui culpabilisent de ne pas réussir à tout gérer ?

« Je pense qu’il faut déjà arrêter d’associer systématiquement la culpabilité aux femmes. On culpabilise pour absolument tout. Encore récemment, je culpabilisais simplement parce que mon mari avait coiffé notre fille pendant que je dormais après une mauvaise nuit. Il m’a regardée en me disant : “Pourquoi tu culpabilises ? Tu avais besoin de dormir.” Et il avait totalement raison. Les femmes portent énormément de culpabilité dans leur quotidien : quand elles travaillent trop, quand elles ne travaillent pas assez, quand elles prennent du temps pour elles, quand elles demandent de l’aide… Pourtant, on reste des êtres humains avant tout. J’ai compris depuis longtemps que si moi je vais bien mentalement, alors je serai une meilleure maman, une meilleure épouse et une meilleure version de moi-même. Déjà après la naissance de ma première fille, je continuais à prendre du temps pour moi, à aller faire mes soins, mon sport, mes moments de bien-être. Et je n’ai jamais laissé cette culpabilité m’empêcher de prendre soin de moi. »

Vous voulez montrer une réalité plus authentique sur les réseaux sociaux. Est-ce important pour vous ?

« Oui, énormément. Mais ce n’est même pas quelque chose que je “travaille”, c’est assez naturel chez moi. Je ne vais pas volontairement sortir ma caméra pour montrer qu’il y a du désordre chez moi ou que j’ai passé une mauvaise nuit. Je montre simplement mon quotidien tel qu’il est. Parfois, derrière une vidéo, il y a du bazar. Parfois, je suis fatiguée. Et je trouve ça important de normaliser ces choses-là sans forcément les transformer en contenu dramatique. Après, il faut aussi être honnête : les réseaux sociaux restent un travail. Il y a du montage, des séquences refilmées, une mise en scène. On ne montre jamais la réalité brute à 100 %. Mais je pense que les gens ressentent quand une personne est sincère ou quand tout est artificiel et surjoué. C’est peut-être ce qui crée aujourd’hui ce lien de confiance avec ma communauté. »

Votre mode de vie paraît très discipliné. D’où vous vient cette rigueur ?

« Ce n’est pas du tout inné. J’ai commencé le sport très jeune avec un objectif qui était uniquement esthétique : perdre du poids. Mais avec le recul, je me rends compte que la salle de sport m’apportait surtout un équilibre mental. Le sport est devenu un espace où je pouvais respirer, évacuer le stress, me reconnecter à moi-même. Et c’est cette sensation de bien-être qui a créé la discipline. Avant, j’allais à la salle six ou sept fois par semaine et c’était devenu excessif. Aujourd’hui, j’y vais trois fois par semaine parce que ça me fait du bien, pas parce que je veux me punir ou atteindre une perfection physique. Cette discipline fonctionne justement parce qu’elle est saine et équilibrée. »

Comment gérez-vous les moments où ça va moins bien ?

 « J’en ai beaucoup plus qu’on ne l’imagine. Je suis quelqu’un de naturellement très anxieuse et nerveuse. Quand je suis dépassée, je laisse sortir les émotions. Je peux pleurer, me remettre en question, m’isoler un moment. Mais surtout, j’ai énormément de soutien dans ma vie personnelle. Mon mari joue un rôle immense dans mon équilibre.
Il me connaît depuis avant les réseaux sociaux, avant tout ça. Il sait gérer mes angoisses, comprendre mes émotions et prendre une énorme partie de la charge mentale et physique. Je pense sincèrement que je ne pourrais pas parler d’équilibre sans parler de lui. C’est vraiment mon troisième bras au quotidien. » 

Que représente pour vous votre victoire aux NRJ Creator Night ?

« C’est une immense fierté, surtout parce que je l’ai remportée pendant ma grossesse. Cette année-là, j’ai aussi réalisé un Hyrox enceinte de trois mois, ce qui représentait un énorme défi physique pour moi. Recevoir cette récompense dans la catégorie sport et bien-être, en tant que femme enceinte, avait une symbolique très forte. J’avais envie de montrer qu’une femme peut continuer à accomplir des choses impressionnantes, même pendant la maternité. »

La cuisine occupe aussi une place importante dans votre contenu. D’où vous vient cet amour pour les repas et les moments de partage ?

« La cuisine, chez moi, c’est énormément lié à la famille et à la culture. Dans la culture turque, les repas sont vraiment des moments de rassemblement. J’adore recevoir, réunir ma famille ou ma belle-famille autour d’une table et partager des moments simples, loin du stress du quotidien. C’est aussi pour ça que j’aime autant partager mes recettes sur les réseaux. J’aime montrer une cuisine chaleureuse, gourmande et conviviale. Et surtout, j’essaie de transmettre l’idée qu’on peut aimer bien manger tout en gardant un équilibre. Beaucoup de personnes pensent encore qu’il faut se priver pour être “fit”, alors que pour moi, tout est une question de modération. On peut manger des plats riches, traditionnels, généreux… tant qu’on trouve son propre équilibre. »

Qu’est-ce qu’on peut encore vous souhaiter aujourd’hui ?

« De continuer, tout simplement. Continuer à évoluer, à transmettre et à faire entendre ma voix encore plus loin. J’ai envie de montrer aux femmes qu’on peut porter plusieurs casquettes ( être maman, sportive, entrepreneuse, épouse ) tout en restant épanouie, à condition de trouver un équilibre qui nous correspond vraiment. Et surtout, j’aimerais continuer à transmettre un message plus réaliste sur les réseaux sociaux : on n’est pas obligée d’être parfaite partout, tout le temps. Il y a encore énormément de travail à faire sur ces sujets et si je peux, à mon échelle, aider certaines femmes à moins culpabiliser et à davantage s’écouter, alors ce sera déjà énorme pour moi. » •••

Wist-je-dat...

Le saviez-vous?

« Je me disais : “Je n’irai jamais loin.” » Pourtant, Esra a commencé à créer du contenu pendant le Covid dans un appartement sans cuisine équipée, avec un vieux four portable bleu de sa grand-mère. À l’époque, elle partageait simplement ses séances de sport à la maison et ses recettes, sans imaginer le succès qu’elle connaîtrait quelques années plus tard.