Six mois pour donner une nouvelle direction à votre carrière
Vous avez le sentiment, depuis quelque temps, que votre travail ne vous correspond plus vraiment ? Peut-être rêvez-vous d’autre chose, sans savoir précisément de quoi il s’agit. Pas besoin pour autant de remettre immédiatement votre démission ou de reprendre de longues études. En six mois, il est possible de faire évoluer bien des choses. À condition de faire le premier pas.

Le travail occupe une place importante dans notre vie. Il est donc logique que le malaise s’installe lorsque chaque lundi matin rime avec démotivation. Mais entre la prise de conscience qu’il faut changer et le passage à l’action, il existe souvent un véritable obstacle. Que voulez-vous vraiment ? Faut-il retourner sur les bancs de l’école ? Et est-il seulement judicieux de changer de cap alors que l’intelligence artificielle bouleverse profondément le marché du travail ?
Six mois peuvent sembler insuffisants pour réorienter totalement une carrière. Pourtant, cette période peut largement suffire à amorcer un nouveau parcours. « Trouver un emploi davantage en phase avec ses valeurs et avec sa vie en dehors du travail peut faire une énorme différence », explique Stijn Baert, professeur d’économie du travail à l’UGent.
Le travail est bien plus qu’un salaire. « Des études menées auprès de gagnants du Lotto montrent par exemple qu’une majorité d’entre eux continue à travailler. Un emploi nous apporte des contacts sociaux, une identité, une certaine reconnaissance, la possibilité d’apprendre et le sentiment de contribuer à quelque chose de plus grand que nous. »
Chez Cevora, l’un des plus importants organismes de formation du pays, on constate également qu’une reconversion professionnelle débute rarement par un saut spectaculaire. « En six mois, on ne devient généralement pas une personne complètement différente. En revanche, on peut découvrir la direction que l’on souhaite prendre et poser les premières étapes concrètes », souligne Liesbeth Van Uytven. « Pour beaucoup de personnes, une reconversion commence avant tout par une nouvelle prise de conscience, bien avant un changement d’emploi. »
Mieux se connaître avant de consulter les offres d’emploi
Lorsque l’on ne s’épanouit plus dans son travail, le premier réflexe consiste souvent à parcourir les offres d’emploi. Pourtant, avant de chercher un nouveau poste, il faut d’abord savoir ce que l’on recherche réellement.
Stijn Baert fait référence à Alice au pays des merveilles. Lorsque Alice demande au Chat du Cheshire quel chemin elle doit emprunter, celui-ci lui demande où elle souhaite aller. Alice n’en sait rien. Le chat lui répond alors que, dans ce cas, peu importe le chemin choisi. « C’est exactement la même chose pour une carrière », explique-t-il. « On ne peut pas faire de bons choix si l’on ne sait pas où l’on veut arriver. Il faut connaître ses valeurs. »
Lui-même affirme prendre ses décisions professionnelles importantes en fonction de valeurs fondamentales telles que la loyauté et l’authenticité. « Vous n’êtes pas obligé d’être la personne que les autres attendent que vous soyez, ni de faire les choses exactement comme vos prédécesseurs. »
C’est aussi ce qui explique pourquoi ce professeur d’économie du travail revendique sans complexe son amour pour la série télévisée flamande FC De Kampioenen et publie sur Instagram des critiques de steaks-frites. « Ce n’est sans doute pas très professoral. Mais je pense qu’en montrant qui l’on est vraiment, on attire les bonnes personnes. Les amateurs de steak, par exemple. Ce sont les meilleurs », plaisante-t-il. Si vous n’avez pas encore une idée claire de ce qui compte vraiment pour vous dans un emploi, inutile de chercher seul toutes les réponses. Stijn Baert recommande à tous les travailleurs flamands de suivre au moins une fois dans leur carrière un accompagnement en orientation professionnelle.
Quelques questions simples permettent déjà d’y voir plus clair : quelles sont les tâches qui vous donnent de l’énergie ? Quels sont vos points forts ? Que souhaiteriez-vous faire davantage ? Et surtout, que préférez-vous ne plus faire ?

Il suffit de commencer
Il n’est pas nécessaire de définir dans les moindres détails son emploi idéal avant d’essayer quelque chose de nouveau. Selon Cevora, il s’agit d’ailleurs de l’une des plus grandes idées reçues sur la formation. « Beaucoup de personnes repoussent une formation parce qu’elles veulent d’abord savoir exactement où elles souhaitent aller professionnellement. Pourtant, cela peut fonctionner dans l’autre sens : en apprenant quelque chose de nouveau, on découvre ce qui nous intéresse réellement et les possibilités qui nous correspondent », explique Liesbeth Van Uytven.
Et il n’est pas indispensable de voir grand dès le départ. Suivre un webinaire, une courte formation en ligne, échanger avec quelqu’un qui exerce un métier qui vous attire ou participer à un nouveau projet au travail sont autant de premiers pas possibles. « Une carrière change rarement à la suite d’un unique moment d’inspiration. Le plus souvent, elle évolue parce que l’on reste curieux et que l’on ose expérimenter. »
Pour celles et ceux qui sont prêts à franchir une étape plus importante, il est aujourd’hui possible de se reconvertir relativement rapidement. Les demandeurs d’emploi peuvent notamment suivre des parcours de formation de trois à neuf mois vers des métiers en pénurie. Par ailleurs, les employeurs ne recherchent plus uniquement le diplôme adéquat ou un CV parfaitement linéaire. Les compétences, la capacité d’apprendre et le potentiel prennent une importance croissante.
Quelles compétences sont aujourd’hui particulièrement recherchées ? « Chez Cevora, les thèmes de formation les plus populaires sont l’intelligence artificielle, les compétences numériques, la communication, le travail en équipe, l’efficacité et les langues », précise Liesbeth Van Uytven. « Les employeurs s’intéressent non seulement à ce que vous savez faire aujourd’hui, mais aussi à votre capacité à progresser rapidement. »
Se former à l’ère de l’intelligence artificielle
Reste évidemment la question de l’intelligence artificielle. Est-il encore pertinent d’investir du temps et de l’énergie dans une nouvelle formation si la technologie risque bientôt de remplacer certains métiers ? « Plus que jamais ! », insiste Stijn Baert.
« La formation est la clé. »
Toutes les professions ne seront pas affectées de la même manière par cette révolution technologique. Le professeur invite chacun à se poser trois questions: mon travail exige-t-il une motricité fine ? Une intelligence sociale ? Une intelligence créative ? Si la réponse est trois fois non, le risque que certaines de vos tâches soient automatisées est plus élevé. Les emplois comportant une forte composante administrative sont particulièrement exposés.
Une raison supplémentaire de développer ses compétences numériques. Une étude menée par UGent@Work montre que les travailleurs flamands s’accordent en moyenne une note de seulement 4,9 sur 10 pour leurs compétences en intelligence artificielle. Au moment de l’enquête, seuls 13 % d’entre eux avaient déjà suivi une formation consacrée à l’IA.
Chez Cevora, l’appétit pour ces connaissances est manifeste. Leur Semaine de l’IA a enregistré 32 000 inscriptions pour huit webinaires. L’essor de l’intelligence artificielle rend d’ailleurs les compétences proprement humaines encore plus précieuses: l’esprit critique, la créativité, la communication, la collaboration et le discernement. Comme le résume Cevora : l’avenir n’oppose pas l’humain à l’intelligence artificielle ; il repose sur leur collaboration.
Réorienter entièrement sa carrière en six mois ? Peut-être. Peut-être pas. En revanche, vingt-six semaines suffisent largement pour apprendre quelque chose de nouveau, expérimenter, et découvrir ce qui vous apporte davantage d’énergie. Alors, commencez quelque part. Car votre prochain emploi de rêve ne viendra malheureusement pas frapper tout seul à votre porte. •







