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Carrière

La fin du CV ? Les mises en situation professionnelles gagnent du terrain sur le marché du travail

Pendant des années, le CV a été considéré comme le précieux sésame pour décrocher un emploi. Celui qui pouvait présenter le bon diplôme et les bons titres était invité à un entretien. Mais sur un marché du travail confronté à la fois à une pénurie de main-d’œuvre, à l’arrivée de profils en reconversion et à l’importance croissante des compétences, ce modèle traditionnel atteint ses limites.

15 septembre 2026Par Amaryllis De Bast5 min. temps de lecture

Les mises en situation professionnelles (MISIP) gagnent rapidement du terrain parce qu’elles permettent de résoudre plusieurs problèmes fondamentaux du recrutement. L’un d’eux est ce que l’on appelle le paradoxe des compétences: les employeurs soulignent que les compétences sont plus importantes que les diplômes, mais continuent souvent à sélectionner les candidats sur la base de leur CV. Les candidats qui sortent des parcours traditionnels – personnes en reconversion, autodidactes, plus de 50 ans, etc. – sont ainsi injustement écartés. Une MISIP permet de rompre avec ce mécanisme. Elle déplace l’attention du papier vers la pratique : ce n’est plus ce que vous avez étudié par le passé qui compte, mais ce que vous êtes réellement capable de faire aujourd’hui. Il s’agit d’un point de départ plus équitable, qui ouvre l’accès à un groupe de talents plus large et plus diversifié.

Les MISIP réduisent également le risque de faire un mauvais recrutement. Aucun diplôme ne garantit la qualité d’un candidat, mais une mise en situation bien conçue permet d’observer comment une personne réfléchit, quelle approche elle choisit, comment elle structure les problèmes et avec quel soin, quelle créativité ou quelle efficacité elle travaille. Le résultat constitue une vérification concrète de la réalité, qui va plus loin qu’un entretien ou qu’un CV. C’est l’occasion pour l’employeur comme pour le candidat de vérifier si leurs attentes et leurs méthodes de travail correspondent réellement, sans interprétations subjectives ni suppositions.

Les MISIP encouragent également la curiosité et l’apprentissage continu, précisément les compétences qui deviennent essentielles sur un marché du travail où les fonctions évoluent plus rapidement que les formations ne peuvent suivre. Plutôt que de mesurer des connaissances statiques, ces mises en situation mettent l’accent sur la capacité à continuer à progresser. Elles montrent ainsi non seulement ce qu’une personne sait faire aujourd’hui, mais aussi le potentiel qu’elle possède pour demain.

Les MISIP réduisent le risque de faire un mauvais recrutement

La MISIP comme atout

Toutes les MISIP ne sont pas automatiquement équitables. Tout dépend de la manière dont elles sont conçues. Les mises en situation équitables reproduisent au mieux la réalité. Elles demandent aux candidats de réaliser précisément ce qu’ils devraient être amenés à faire dès leur premier jour de travail. Pas de quiz théorique ni de casse-tête académique, mais une tâche réaliste qui montre comment une personne aborde un défi concret. Un exercice de réflexion « à voix haute » peut apporter un éclairage supplémentaire : le résultat final n’est pas le seul élément qui compte, mais aussi la manière dont une personne raisonne, prend des décisions et gère l’incertitude.

Comme le travail hybride repose de plus en plus sur la communication et la collaboration, de nombreuses organisations optent pour une petite mise en situation collaborative dans laquelle le candidat réalise une tâche avec un futur collègue. Cela permet de voir immédiatement comment une personne interagit avec les autres, comment elle se coordonne, écoute et ajuste son approche. Une courte mise en situation réflexive – qu’est-ce qui s’est bien passé, qu’est-ce qui était difficile, que feriez-vous différemment ? – peut également fournir de précieuses informations sur la capacité d’introspection et l’état d’esprit d’un candidat face à l’apprentissage et au développement.

Mais certaines mises en situation peuvent aussi, souvent involontairement, renforcer les biais. C’est notamment le cas lorsque les exercices sont beaucoup trop longs, complexes ou chronophages. Les consignes vagues posent également des problèmes : « Nous verrons bien ce qu’il ou elle en fait » n’est pas un test, mais plutôt un filtre qui favorise surtout les personnes disposant d’une grande confiance en elles ou de connaissances préalables.

Les mises en situation équitables nécessitent donc également une structure équitable. Une grille d’évaluation définie à l’avance – par exemple : 30 % pour la structure, 40 % pour le contenu et 30 % pour l’approche – permet d’éviter que l’évaluation ne dépende de l’intuition, des préférences personnelles ou d’une première impression. Dans la mesure du possible, une évaluation à l’aveugle peut également être utile : lorsque seul le travail est évalué, le nom, l’âge et le CV peuvent être retirés. La transparence est tout aussi importante : les candidats doivent savoir précisément ce qui est évalué et pourquoi. Enfin, faire intervenir au moins deux évaluateurs permet d’obtenir une vision plus équilibrée.

Un changement en vue

Lorsqu’elles sont conçues de cette manière, les MISIP deviennent un outil puissant et fiable : plus équitable pour les candidats, plus clair pour les recruteurs et précieux pour les organisations qui veulent réellement savoir qui correspond le mieux au poste et à l’équipe.

Les MISIP ne transforment pas seulement le processus de recrutement, elles changent aussi les personnes qui ont accès aux opportunités. Elles favorisent un accès plus équitable à l’emploi, permettent de reconnaître le potentiel et contribuent à dépasser le réflexe tenace qui consiste à utiliser les diplômes comme filtre. L’avenir du recrutement ne repose pas sur les titres, mais sur des preuves concrètes. Celui qui peut montrer comment il réfléchit, travaille et apprend n’a pas besoin d’un CV en or – seulement d’une chance de montrer ce dont il est capable.•