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Carrière

Claire Marnette: « Un diplôme ne définit pas une personne »

Du droit à l’entrepreneuriat et la création de contenu, Claire Marnette, alias Milkywaysblueyes, a construit une carrière loin des chemins tout tracés. Aujourd’hui maman et fondatrice de l’Atelier Milky, elle continue de se réinventer au fil de ses envies.

15 septembre 2026Par Justine Doyen9 min. temps de lecture
© Gregory Van Gansen

Vous avez un parcours assez atypique. Quelles sont les grandes étapes qui ont marqué votre carrière ?

« À la base, je voulais faire quelque chose de beaucoup plus artistique, comme l’hôtellerie ou l’architecture. Mes parents m’ont plutôt conseillé de commencer par des études générales, en me disant qu’on ne savait jamais où la vie pouvait nous mener. J’ai donc fait des études de droit à Namur. Avec le recul, je pense que c’était probablement le meilleur conseil qu’ils pouvaient me donner. Pendant mes études, j’ai créé mon blog, puis mon activité s’est développée progressivement. J’ai commencé à travailler avec des marques, j’ai créé mon entreprise… Après avoir obtenu mon diplôme, je me suis demandé si j’allais travailler dans le droit ou continuer dans cette voie. Le décès de mon papa, puis le Covid ont encore changé la trajectoire. Et c’est finalement pendant cette période que j’ai eu l’idée de créer une agence. »

Votre diplôme de droit vous a-t-il malgré tout apporté quelque chose ?

« Oui, énormément. D’abord parce que j’ai appris des choses qui me servent encore aujourd’hui. Et puis, lorsque j’ai fait mon master en droit économique et bancaire, j’ai pu suivre des cours de comptabilité et de droit commercial qui étaient directement liés à la gestion d’une entreprise. Mais je me suis aussi rendu compte que le diplôme avait une autre fonction : il me donnait de la légitimité aux yeux des autres. Dans mon activité d’influenceuse, dès que je disais que j’avais un master en droit, je voyais un changement dans la manière dont certaines personnes me considéraient. C’est dommage, parce qu’aujourd’hui, je considère que mon expérience professionnelle est beaucoup plus valorisante que mon diplôme. Mon master m’a apporté des compétences supplémentaires, mais c’est tout ce que j’ai appris en travaillant qui a vraiment construit mon expertise. »

Vous avez commencé à créer du contenu à une époque où le métier d’influenceuse n’existait pratiquement pas. Comment avez-vous su que vous étiez sur la bonne voie ?

« En réalité, je n’avais aucune vocation professionnelle au départ. Depuis toute petite, je savais simplement que je voulais faire quelque chose de créatif. Je dessinais, je bricolais, je cousais des vêtements, je faisais du théâtre… J’ai toujours eu besoin de créer. J’ai commencé mon blog simplement parce que j’avais envie de partager des recommandations. Je voulais presque créer mon propre magazine. Ensuite, Instagram est arrivé et j’y ai publié des photos de mon quotidien. Je ne me suis jamais dit : « Je vais devenir influenceuse et en vivre. » C’est venu avec le temps. J’avais aussi créé des forums de discussion quand j’avais 14 ans. J’étais déjà très attirée par Internet, le graphisme, le code… Mon père m’avait offert mon premier ordinateur à 12 ans et mes parents devaient carrément me confisquer mon clavier pour m’empêcher d’y passer mes nuits ! »

Vous semblez avoir une manière assez instinctive de prendre vos décisions. Est-ce votre moteur ?

 « Oui. Dès que j’ai envie de faire quelque chose, je le fais. Si mon cœur me dit d’aller quelque part, j’y vais. Pour le blog, c’était exactement ça. Et pour l’agence aussi. Évidemment, une fois que j’ai décidé de créer l’agence, il a fallu construire le projet. Mais je ne me suis pas demandé pendant cinq ans si j’allais avoir assez de temps, si cela allait fonctionner avec ma vie de couple ou si j’allais un jour avoir un enfant. Je me suis simplement dit : « J’ai envie de le faire, on verra plus tard. » Je pense que c’est aussi ce qui m’a permis d’avancer. »

Comment est née l’Atelier Milky ?

« Après plusieurs années comme créatrice de contenu, j’avais envie de renouveau. Je recevais énormément de demandes de marques qui me disaient : « Tu es super créative, nous, on ne sait pas comment développer notre présence sur les réseaux sociaux. Tu aurais des conseils ? » J’ai progressivement compris qu’il y avait un vrai besoin. Et comme j’adorais créer du contenu, l’idée de le faire pour des univers différents me plaisait énormément. C’était aussi une manière de ne plus parler uniquement de moi toute la journée. Au départ, je n’avais d’ailleurs pas toutes les compétences nécessaires. Je n’avais jamais travaillé dans une agence de communication ou de marketing. J’ai donc choisi de m’entourer de personnes qui avaient cette expérience. Cela m’a rassurée et m’a permis de me sentir davantage légitime. »

Aujourd’hui, vous dirigez une équipe. Quand vous recrutez, le diplôme compte-t-il encore ? 

« Beaucoup moins que l’expérience et la personnalité. Aujourd’hui, j’ai sept employés et nous recrutons régulièrement. Je regarde très peu les écoles. Dans les métiers créatifs, il y en a tellement que je ne les connais même pas toutes. Je regarde surtout le portfolio, la lettre de motivation, les réalisations et même les hobbies. J’essaie de comprendre la personnalité de la personne et ce qu’elle peut apporter à l’équipe. C’est aussi ce que mon propre parcours m’a appris : un diplôme ne définit pas une personne. L’expérience, les compétences et ce que l’on est capable de faire comptent énormément. »

L’Atelier Milky ressemble-t-il aujourd’hui à ce que vous aviez imaginé au départ ?

« Pas du tout ! Ça a énormément changé. Au départ, nous visions surtout les petits indépendants. Je ne me sentais pas légitime pour imaginer que de grands groupes puissent avoir envie de travailler avec nous. Puis, nous sommes passés d’une équipe de trois personnes à huit personnes fixes, avec des indépendants et des stagiaires autour de nous. Nos services ont également beaucoup évolué. A la base, nous proposions essentiellement des stratégies éditoriales. Nous avons ensuite développé la production de contenu et la gestion des réseaux sociaux parce que nous avons constaté que certains clients ne savaient pas forcément mettre en œuvre les stratégies que nous leur proposions. C’est finalement assez représentatif de l’entrepreneuriat : il faut adapter son projet à la réalité. »

Quelle place l’échec occupe-t-il dans votre parcours ?

« Une énorme place. Je pense qu’il est intrinsèque à l’entrepreneuriat et à l’évolution. Si on n’échoue pas, on n’apprend pas et on n’évolue pas. Nous avons travaillé pendant plusieurs mois pour un très gros client qui a finalement fait faillite et ne nous a jamais payés. Nous avons perdu des dizaines de milliers d’euros. Sur le moment, c’était évidemment compliqué, mais je l’ai surtout vu comme une leçon. Nous avons renforcé nos processus, notamment juridiquement. Je n’ai pas peur de l’échec parce que je me dis toujours qu’il y aura une solution. Elle ne sera peut-être pas parfaite, mais il y aura toujours une suite. »

J’ai toujours eu besoin de créer

Vous êtes également devenue maman. Est-ce que cela a changé votre manière de travailler ? 

« Complètement. Lorsque je suis tombée enceinte, je me suis retirée de l’opérationnel parce que je voulais prendre un véritable congé de maternité. Je travaille depuis mes 19 ans et j’ai longtemps travaillé jusqu’à 80 heures par semaine. Je savais que je voulais profiter de mon bébé et de ma famille. Je me suis donc fixé un nouvel objectif : ne plus revenir à ce rythme-là. Je voulais pouvoir travailler selon des horaires confortables, avoir mes soirées et mes week-ends libres et pouvoir rentrer plus tôt pour passer du temps avec ma fille. Aujourd’hui, je suis davantage dans le développement de l’entreprise, la gestion, la direction artistique, les finances et l’accompagnement des équipes. C’est toujours un travail à temps plein, mais c’est un travail qui correspond davantage au rythme de vie que je souhaite aujourd’hui. »

Comment trouvez-vous l’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle lorsque votre métier consiste justement à partager votre vie ?

« La frontière est mince. Aujourd’hui, les gens veulent de l’authenticité et des histoires personnelles. Depuis que je suis devenue maman, j’ai notamment eu beaucoup de choses à raconter autour de la maternité et du post-partum. Mais je garde certaines limites. Je ne montre pas mes amis ni les enfants de mes amis. J’ai choisi de montrer ma fille, mais plus elle grandit, moins je montre son visage de manière frontale. Et surtout, certains moments restent totalement privés. Si je vais au restaurant pour l’anniversaire d’une amie, je ne vais même pas sortir mon téléphone. Les gens ne sauront pas que j’y étais. Il y a aussi toujours un décalage entre ce que je vis et ce que je publie. Si je suis en vacances, les gens ne le sauront qu’une semaine plus tard. »

Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui rêve d’entreprendre mais n’ose pas se lancer ?

« Il faut écouter son cœur et oser. Au pire, ça ne fonctionne pas et on passe à autre chose. Mais si on n’essaie jamais, on ne saura jamais ce qui aurait pu se passer. Aujourd’hui, avec Internet, l’intelligence artificielle et l’accès à énormément de connaissances, les possibilités sont beaucoup plus nombreuses. On peut apprendre, tester, créer et se former autrement. On doit profiter de cette époque pour essayer. »

Si vous pouviez parler à la Claire qui débutait, que lui diriez-vous ?

« De ne pas écouter les gens. Je pense que si j’avais écouté toutes les personnes autour de moi, je ne serais pas là où je suis aujourd’hui. Il y a eu des gens qui m’ont dit d’arrêter les réseaux sociaux, que c’était gênant de m’exposer comme ça… Si je les avais écoutés, je n’aurais probablement pas construit la vie professionnelle que j’ai aujourd’hui. Écouter les conseils, c’est bien, mais c’est important de savoir faire le tri et de rester fidèle à ce que l’on veut réellement. » •

Le saviez-vous ?

Très présente sur les réseaux sociaux, Claire est pourtant une grande introvertie.

Pour recharger ses batteries et nourrir sa créativité, elle a besoin de moments seule, loin de l’agitation. Elle constate d’ailleurs que lorsqu’elle est trop sollicitée, sa créativité se bloque : « J’ai littéralement une page blanche devant moi. » Son petit plaisir pour déconnecter ? Le shopping !