Entreprendre, c’est oser
Chaque année, de nombreux Belges imaginent un concept innovant, souhaitent réorienter leur carrière ou aspirent simplement à davantage d’indépendance. Pourtant, valider son idée, trouver des financements, choisir le bon statut, s’entourer des bonnes personnes ou encore convaincre ses premiers clients… autant d’étapes qui exigent bien plus qu’une simple intuition.

Transformer une idée en véritable opportunité
Pour Hans Crijns, professeur à la Vlerick Business School, l’erreur la plus fréquente chez les futurs entrepreneurs est de croire qu’une bonne idée suffit. « Une bonne idée ne vaut pas grand-chose tant qu’elle reste dans la tête de son auteur. Une opportunité, c’est un client prêt à payer pour une solution. No pain, no gain. » Autrement dit, une entreprise se construit autour d’un besoin réel du marché. Avant même de penser au financement ou au business plan, il faut donc vérifier que le produit ou le service apporte une réponse concrète à un problème rencontré par des clients.
Les meilleurs créateurs d’entreprise observent, testent, questionnent leurs futurs clients et adaptent progressivement leur projet. « Ils développent surtout la capacité à apprendre plus vite que les autres », explique le professeur. Pierre-Frédéric Nyst, président d’UCM, partage cette approche, tout en rappelant qu’un projet entrepreneurial naît souvent d’un rêve. Selon lui, il est essentiel de croire profondément en son idée… sans pour autant s’y enfermer :
« Il faut trouver un équilibre entre le rêve et la réalité. Au début, il faut rêver. Ensuite, il faut accepter les critiques et confronter son projet
au terrain. »
Pour le président d’UCM, une erreur revient régulièrement : garder son idée secrète par peur qu’on la copie. À ses yeux, cette crainte est largement surestimée. Au contraire, il encourage les futurs entrepreneurs à multiplier les échanges, à participer à des événements de réseautage, à rencontrer des chefs d’entreprise, des banquiers ou encore des structures d’accompagnement. Les retours obtenus permettent souvent d’éviter des erreurs coûteuses avant même le lancement.

Il est plus facile d’entreprendre aujourd’hui qu’hierPierre-Frédéric Nystprésident d’UCM
Entreprendre, mais pas seul
Hans Crijns résume cette idée par une formule devenue célèbre : « Alone you go faster, together you go further. » Seul, on peut avancer rapidement, mais pour bâtir une entreprise durable, il faut réunir des compétences complémentaires. Selon lui, les investisseurs l’ont bien compris. Lorsqu’ils analysent un projet, ils s’intéressent moins à la perfection du business plan qu’à la qualité de l’équipe qui le porte. « Je préfère une excellente équipe avec un business plan moyen qu’un business plan parfait porté par une mauvaise équipe », explique-t-il. Le business plan garde néanmoins toute sa pertinence. Non parce qu’il décrit précisément ce qui se passera dans cinq ans mais parce qu’il oblige à structurer sa réflexion et à convaincre les partenaires financiers, les investisseurs ou les futurs collaborateurs.
Pierre-Frédéric Nyst insiste également sur cette notion d’entourage : « Beaucoup de personnes ne savent pas vous dire ce qu’il faut faire, mais elles savent très bien vous dire ce qu’il vaut mieux éviter. » Mentors, experts-comptables, avocats, banquiers ou organismes d’accompagnement permettent d’anticiper les difficultés et d’éviter certaines erreurs de débutant. L’UCM, comme d’autres structures d’accompagnement, aide notamment les porteurs de projet à construire leur plan financier, à choisir leur statut ou encore à identifier les aides auxquelles ils peuvent prétendre.
Le financement reste évidemment l’une des principales préoccupations des créateurs d’entreprise. Outre les banques, les experts rappellent qu’il existe aujourd’hui d’autres solutions : crowdfunding, investisseurs privés, prêts régionaux, organismes d’investissement ou encore prêts sans intérêt proposés dans certains dispositifs publics. Mais encore faut-il apprendre à parler d’argent. « Il faut avoir le courage de parler financement et défendre son projet. Cela aussi, ça s’apprend. » souligne Pierre-Frédéric Nyst.
Passer à l’action, apprendre… et rebondir
Une fois le projet validé, reste l’étape la plus difficile : se lancer. Hans Crijns invite les entrepreneurs à tester rapidement leur idée, à apprendre du terrain et à l’améliorer en continu. L’intelligence artificielle accélère cette démarche en facilitant les études de marché ou le prototypage, mais, insiste-t-il, « elle ne remplace ni la créativité, ni le jugement, ni la relation humaine ». Pierre-Frédéric Nyst partage cette analyse : « L’IA est un outil supplémentaire, mais on ne peut pas prendre pour argent comptant ce qu’elle produit. L’esprit critique et les conseils d’experts restent essentiels. »
Les deux spécialistes s’accordent également sur la place de l’échec dans le parcours entrepreneurial. Hans Crijns nuance le célèbre fail fast : « On ne doit pas échouer, mais apprendre rapidement lorsque quelque chose ne fonctionne pas. » Pierre-Frédéric Nyst abonde dans le même sens : « La résilience commence le jour où l’on accepte l’échec. »
Malgré un contexte économique incertain, le président d’UCM reste optimiste. « Oui, le climat est anxiogène, mais aujourd’hui, il est plus facile d’entreprendre aujourd’hui qu’hier. » Les opportunités demeurent nombreuses, qu’il s’agisse des métiers en pénurie, de la transition énergétique, de la rénovation, des nouvelles technologies ou encore de la reprise d’entreprises. L’entrepreneuriat ne se limite plus aux jeunes : de plus en plus de quinquagénaires ou de futurs pensionnés choisissent eux aussi d’entreprendre.
Au fond, les deux experts défendent une même conviction : une entreprise durable ne naît pas d’une idée brillante, mais d’une idée testée, améliorée et portée par des entrepreneurs capables d’oser, d’apprendre et
de persévérer. •







