Un système de soins intégré avec la blockchain
Une traçabilité sans faille pour le patient au centre du dispositif.
Pour Harold Kinet, CEO de BEBlockchain, l’enjeu est clair : « La blockchain apporte une réponse à deux défis majeurs dans le secteur de la santé : la protection des données personnelles et la transparence des accès ».
Dans un système où chaque interaction (qu’il s’agisse d’un diagnostic, d’un résultat de laboratoire ou d’une prescription) est enregistrée de manière infalsifiable, les professionnels de santé peuvent consulter des informations fiables et à jour. Cela permet de limiter les erreurs médicales, de fluidifier les parcours de soins et de renforcer la collaboration entre hôpitaux, médecins généralistes, pharmaciens et autres intervenants.
Le vrai changement de paradigme, c’est le pouvoir redonné au patient. Grâce à la blockchain, chacun peut contrôler qui accède à ses données et pour quelle durée. « Chaque individu peut accorder ou retirer, à tout moment, l’accès à ses données médicales, de manière sécurisée, sans passer par un intermédiaire », explique Harold Kinet. Ce modèle s’appuie sur le concept de crypto-identité et rend le consentement explicite, traçable, et surtout réversible.
Ce concept est d’ailleurs utilisé dans le cadre du projet wallon Oshimed, qui vise à rendre traçable le consentement patient dans les études cliniques. Des mécanismes de délégation permettent à un professionnel de santé, comme le médecin de famille, de gérer le consentement, garantissant une accessibilité universelle mais contrôlée.
Lutter contre la fraude et sécuriser les prescriptions.
La blockchain offre aussi un levier puissant contre les fraudes médicales. En enregistrant chaque document avec un identifiant unique, elle rend pratiquement impossible la falsification. « On sait exactement qui a émis le document, quand, et s’il a été modifié », affirme Harold Kinet.
La traçabilité s’étend également aux médicaments eux-mêmes, de l’usine au patient, permettant de lutter efficacement contre les contrefaçons, un fléau mondial aux conséquences sanitaires parfois dramatiques.
Cependant, certains appellent à la prudence. Xavier Verhaeghe, expert chez PwC rappelle que « la mise en œuvre d’une blockchain ‘pure’ exige que tous les acteurs concernés soient d’accord sur les règles, les formats de données, et qu’ils adoptent simultanément la technologie ». Une condition difficile à remplir dans des systèmes aussi fragmentés que ceux de la santé.
La solution pourrait venir des blockchains dites « permissionnées », où seuls certains acteurs identifiés peuvent écrire dans la chaîne. « Cela permet un meilleur compromis entre contrôle, sécurité et efficacité », souligne Xavier Verhaeghe, notamment dans les contextes sensibles comme les essais cliniques ou les commandes hospitalières.
Un avenir prometteur, mais ciblé.
Loin des effets de mode, les experts s’accordent sur une évolution pragmatique : utiliser la blockchain là où elle est vraiment nécessaire. « Il faut arrêter d’imaginer que la blockchain est la panacée à tous les problèmes. On l’utilise là où il y a un besoin réel de confiance », résume Xavier Verhaeghe. Une logique d’efficience, qui pourrait bien faire de la blockchain un pilier discret mais déterminant du système de soins de santé.
L’intégration de la blockchain dans les systèmes de santé n’est pas un simple effet de mode, mais une réponse à des problématiques concrètes : sécuriser, fluidifier, responsabiliser. Si la technologie soulève encore des défis d’implémentation, elle amorce une transformation de fond. « La blockchain n’est pas une solution miracle, mais c’est un outil structurant pour repenser la manière dont on gère la donnée sensible », conclut Harold Kinet. Une chose est sûre : la santé connectée de demain devra être aussi éthique que technologique.