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Sustainability

Repenser la notion de « performance »

Longtemps considérée comme une contrainte, la question de la durabilité s’invite de plus en plus dans les stratégies des entreprises. À la clé : des modèles économiques plus vertueux, mais aussi plus robustes et plus stables sur le long terme.

22 septembre 2026Par Aline Cordier Simonneau4 min. temps de lecture

L’Union européenne soumet les entreprises, en particulier les plus grandes, à des obligations de reporting en matière de durabilité. Au-delà des obligations réglementaires, les parties prenantes (investisseurs, clients, fournisseurs, talents, etc.) exigent désormais des entreprises qu’elles s’engagent dans la voie de la durabilité.

Adopter une vision large de la durabilité

La durabilité est souvent représentée à l’intersection de trois cercles : Économique, Social et Environnemental. Yannick Vesters, expert en résilience climatique chez EcoRes, bureau de conseil en durabilité, adopte une vision de la durabilité encore plus forte, « plutôt avec trois cercles empilés les uns sur les autres, car une économie florissante n’est possible que dans une société stable, qui elle-même a besoin d’un environnement sain ». L’expert ajoute que « s’intéresser aux trois piliers ESG – Environnemental, Social, Gouvernance – permet aux entreprises de diminuer les risques, y compris les risques de perte financière ».

Souvent négligés, les volets « Social » et « Gouvernance » font pleinement partie de la stratégie de durabilité d’une entreprise. C’est le point de vue que partage Marie Buron, community manager ESG chez BECI, la Chambre de Commerce de Bruxelles : « Il ne faut plus limiter la durabilité à tout ce qui est environnemental, mais intégrer également les questions de gouvernance et d’humain dans l’entreprise, notamment les sujets d’attraction et de rétention des talents, qui font toute la richesse d’une entreprise ».

Intégrer les questions de durabilité exige un vrai « shift » dans la culture d’entreprise. Comme l’explique Marie Buron, « à l’heure du “tout tout de suite”, ces changements demandent du temps pour obtenir un retour sur investissement, mais chaque action en entraîne une autre, avec des bénéfices à différents niveaux : meilleure résistance aux crises, rétention des talents, consolidation de la chaîne de valeur, etc. ». Un propos que confirme Yannick Vesters : « Négliger les questions de durabilité représente un coût potentiellement plus important que de s’y intéresser ».

Une entreprise durable est capable de créer de la valeur aujourd’hui, sans compromettre sa capacité à en créer demain.
Marie BuronCommunity manager ESG chez BECI

Viser la robustesse plutôt que la performance

Les enjeux de durabilité obligent à repenser la notion de « performance ». Comme le souligne Yannick Vesters, « on limite trop souvent la performance à la performance financière à court terme, alors qu’une entreprise peut avoir une autre raison d’être, avec d’autres objectifs, notamment sur le long terme ». Marie Buron partage également cette vision de long terme : « Une entreprise que l’on peut qualifier de « durable » est capable de créer de la valeur aujourd’hui, sans compromettre sa capacité à en créer demain ».

Face à la multitude de défis qui se posent en matière de durabilité, l’une des approches les plus pertinentes est de « partir du cœur de métier de l’entreprise et de le faire évoluer pour qu’il soit davantage bénéfique », explique Yannick Vesters. « C’est ce qu’invite à faire l’économie « régénérative » : chercher en premier lieu à éviter les impacts négatifs, à préserver les ressources, et surtout à produire des impacts positifs nets. Une entreprise qui croît dans ce modèle est également bénéfique pour la société et l’environnement ».

La notion de « chaîne de valeur » est essentielle dans une stratégie de durabilité. S’y intéresser implique de s’interroger sur ses fournisseurs et sous-traitants, pour envisager des solutions plus durables. Comme l’explique Marie Buron, « certaines matières premières locales sont plus chères à court terme, mais peuvent aider à mieux gérer les crises sur le long terme, comme les crises énergétiques ». La notion de « chaîne de valeur » est d’ailleurs particulièrement importante pour les PME. Si celles-ci ne sont pas encore contraintes directement par la réglementation ESG, leurs parties prenantes, leurs clients et leurs financeurs leur demandent de plus en plus d’avancer sur les questions de durabilité. « Si deux fournisseurs proposent le même produit, mais que l’un des deux est plus responsable, c’est désormais lui qui sera le plus compétitif », assure
Marie Buron.

Ne pas céder au greenwashing

Comme le souligne Yannick Vesters, « la durabilité est également une question d’image, notamment pour les talents et pour le grand public ». Sur certains segments de clientèle, les tendances de consommation montrent une nette préférence pour les produits et services durables. Certaines entreprises s’engouffrent dans cette tendance en communiquant à tout-va sur les questions ESG, sans pour autant changer grand-chose à leur business model.

Les entreprises vont donc devoir apprendre à communiquer sur leurs actions en matière de durabilité sans tomber dans le greenwashing. « La directive européenne EmpCo (Empowering Consumers for the Green Transition) imposera des amendes aux entreprises », prévient Marie Buron.

« Pour objectiver les actions des entreprises en matière de durabilité, il est essentiel de s’appuyer sur des données, mais aussi des labellisations et reconnaissances extérieures », ajoute Yannick Vesters. Car la durabilité est une trajectoire qui se mesure. •