Rénover et construire autrement : relever le défi du bâti bas carbone
Construire mieux, consommer moins d’énergie : deux piliers au service d’un même objectif
L’empreinte carbone d’un bâtiment se divise entre deux périodes distinctes. « La phase de construction représente un tiers des émissions de CO2 du bâtiment (production des matériaux, transport et assemblage sur le chantier). Les deux tiers restants sont émis durant la phase d’exploitation du bâtiment et correspondent à sa consommation énergétique (éclairage, refroidissement, chauffage) pendant sa durée de vie », explique Stany Vaes, Director Sustainability & Corporate Affairs chez Holcim Belgium.
La réglementation relative à la performance énergétique des bâtiments (PEB) participe à réduire la consommation d’énergie et les émissions de CO2 liées à l’exploitation des bâtiments. Bruxelles-Capitale s’est emparée de ce sujet dès 2015, en devenant la première région au monde à rendre obligatoires les normes passives pour les projets de construction et de rénovation.
« Cette réglementation ambitieuse porte ses fruits. Bruxelles a diminué de 28 % ses émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1980 grâce à une politique drastique portant sur la performance énergétique des bâtiments. Toute nouvelle construction à Bruxelles est une construction à haute performance énergétique », explique Emmanuel Malfeyt, coordinateur d’ecobuild, cluster de hub.brussels rassemblant les entreprises et experts bruxellois en construction durable, représentant toute la chaîne de valeur du secteur.
Fixons un seuil maximal d’émissions de carbone à ne pas dépasser pour chaque projet de construction ou de rénovation : c’est une condition indispensable pour accélérer la transition du secteur.
Diminuer l’impact carbone des matériaux de construction, un impératif
Réduire la consommation d’énergie des bâtiments s’avère nécessaire, mais pas suffisant pour décarboner le secteur de la construction. « Il faut aujourd’hui également s’intéresser aux matériaux pour comprendre l’impact carbone d’un bâtiment dans sa globalité », ajoute Emmanuel Malfeyt, qui évoque différentes solutions concrètes pour diminuer les émissions liées à la production des matériaux de construction : utiliser de l’argile, faire appel au bois ou à la paille compressée, réinjecter les matériaux issus du réemploi, améliorer la logistique et le transport des matériaux sur les chantiers, etc.
Du côté des industriels, la transition vers des matériaux et des modes constructifs plus durables est d’ores et déjà engagée. Comme l’explique Stany Vaes, « le ciment étant le matériau le plus utilisé dans le monde, décarboner la production de ciment – en réduisant de 30 % ses émissions de CO2 et en visant la production de ciment presque neutre en carbone – est un levier essentiel pour rendre le secteur de la construction plus durable.
Promouvoir la construction durable à grande échelle passe également par tout un éventail de mesures, incluant notamment le recyclage de déchets de construction et de démolition ».
Un secteur qui s’organise pour accélérer sa décarbonation
Diminuer l’empreinte carbone du secteur nécessite de faire travailler ensemble un grand nombre d’acteurs : architectes, entrepreneurs, ingénieurs, maîtres d’ouvrage, fabricants de matériaux, etc.
L’un des gros chantiers des industriels sera de travailler sur la capture et la séquestration du CO2 émis par le processus de production du ciment. Avec son projet GO4ZERO, Holcim Belgium produira 2 millions de tonnes de ciment presque neutre en CO2 en Belgique à partir de début 2029. « Pour relever ce défi de la décarbonation, le secteur de la construction doit faire collaborer l’ensemble des maillons de sa chaîne de valeur », détaille Stany Vaes.
De son côté, le réseau ecobuild note un réel engouement pour l’innovation autour du sujet de la construction durable. Les besoins en matière de rénovation vont encore s’intensifier. « Pour aller encore plus loin, il serait nécessaire de rendre obligatoire un pourcentage d’utilisation de matériaux issus du réemploi dans les projets de construction et de rénovation », note Emmanuel Malfeyt.