Économie circulaire : boucler la boucle
Réparer, partager, prolonger la vie des produits et, enfin, les recycler : l’économie circulaire change progressivement notre manière de produire et de consommer. Pour les experts, elle constitue aussi une réponse aux tensions croissantes sur les ressources.

Bien plus que recycler
L’économie circulaire est souvent résumée à trier et recycler ses déchets. Pourtant, le concept est beaucoup plus large. Il consiste à maintenir les produits et les matières dans le circuit économique le plus longtemps possible, tout en limitant la consommation de nouvelles ressources.
Pour Eric Pirard, géologue à l’Université de Liège, cette logique est d’abord une évidence inspirée de la nature. « La nature fonctionne en cycles », rappelle-t-il, évoquant le cycle de l’eau ou des saisons, mais aussi ceux du cuivre, de l’aluminium ou d’autres métaux. Il préfère même parler de « géomimétisme » : s’inspirer des cycles naturels pour repenser notre manière de produire et de consommer.
Mais le recyclage n’est qu’une partie de cette équation, la sobriété faisant, elle aussi, partie du concept. Karel Van Acker, professeur à la KU Leuven et chercheur en économie circulaire et en gestion des matériaux durables, explique : « L’économie circulaire est un système intégré dans lequel nous avons besoin de toutes ces stratégies. » Il cite notamment le recyclage, la réparation, le réemploi, le partage et les nouveaux modèles économiques. Pour lui, « le recyclage reste une pierre angulaire, mais c’est seulement une pièce du puzzle ».
Cette approche est d’autant plus importante que nous consommons d’énormes quantités de matières premières. La transition énergétique et la numérisation renforcent encore cette pression, avec une demande accrue pour le lithium, le cuivre, le nickel ou les terres rares. Pour Eric Pirard, cette évolution marque un changement profond : « Nous passons totalement d’une économie pétrosourcée à une économie métalosourcée ».
Faire durer plutôt que remplacer
Pour les deux experts, le premier réflexe devrait être de réduire la quantité de ressources nécessaires et de prolonger la durée de vie des produits. « La priorité numéro un de l’économie circulaire, c’est ralentir la boucle de consommation », affirme Eric Pirard. « Tous les efforts de la société devraient aller dans le sens de préserver, conserver, réparer. » Une logique qui suppose également une certaine sobriété dans nos habitudes de consommation.
Karel Van Acker rejoint cette analyse. Selon lui, si l’on veut réellement réduire notre empreinte matérielle, il faut « regarder davantage les autres stratégies : les modèles économiques circulaires, les systèmes produit-service, le partage, la réparation et le réemploi ». C’est, estime-t-il, ce qui offre « le plus grand potentiel pour réduire notre empreinte matérielle ».
La réparation occupe notamment une place importante. « Il faut augmenter la durée de vie des produits et de leurs composants, notamment grâce à davantage de réparations et au réemploi », souligne Van Acker. Le recyclage intervient ensuite, lorsque le produit arrive réellement en fin de vie. Cette transformation concerne également les fabricants. Les nouvelles réglementations européennes sur le droit à la réparation et l’écoconception doivent progressivement pousser les entreprises à concevoir des produits plus facilement réparables et réutilisables. Mais Van Acker appelle à ne pas attendre des miracles immédiats : « Ce n’est pas parce que nous avons maintenant un droit à la réparation que, demain, tous les produits seront réparables sous tous leurs aspects. »
Il faut augmenter la durée de vie des produitsKarel Van AckerProfesseur à la KU Leuven
Une opportunité pour la Belgique
Si l’économie circulaire constitue un défi, elle représente aussi une opportunité pour la Belgique, qui dispose déjà d’un secteur du recyclage performant et d’un savoir-faire technologique reconnu. « La Belgique est une excellente élève en matière de recyclage », estime Pirard. Mais il ne s’agit pas forcément de rivaliser sur les volumes. « On peut être les champions du recyclage en termes de technologie », affirme-t-il, citant notamment les techniques de tri des métaux faisant appel à l’intelligence artificielle et à la robotique.
Van Acker plaide pour aller plus loin et étendre cette expertise à la réparation et au réemploi. Le chercheur identifie également deux secteurs prioritaires. D’abord, l’énergie, où la circularité peut contribuer à accompagner la transition énergétique tout en limitant la pression sur les matières premières critiques. Ensuite, la construction, en raison des volumes considérables de matériaux qu’elle mobilise. Il appelle enfin à investir davantage dans la recherche afin de rendre les nouveaux modèles économiques circulaires moins risqués pour les entreprises et les investisseurs.
La circularité suppose donc un changement de perspective. Il ne s’agit plus seulement de se demander comment recycler, mais comment éviter de jeter, faire durer, réparer, réutiliser et finalement recycler. Pour Pirard, le défi est clair : « Il faut freiner la boucle de consommation ». Pour Van Acker, il faut parallèlement réduire notre empreinte matérielle et faire de la circularité un véritable système économique. Il s’agit de préserver les ressources dont dépend notre économie, tout en inventant une autre manière de produire et de consommer. •







