Pour un bâti intégré à son environnement
En Belgique, les bâtiments représentent près de 40 % de la consommation finale d’énergie du pays. Si l’on veut réduire ce chiffre, il n’est plus possible de limiter la durabilité à la performance énergétique. C’est toute une manière de vivre qu’il faut repenser.

La durabilité, ou une nouvelle façon d’habiter
Un logement durable, ce n’est pas (ou plus) uniquement un pari pour l’avenir. S’il y a quelques années, on pouvait encore être dans le déni, il est aujourd’hui difficile de fermer les yeux sur les conséquences du dérèglement climatique qui font de plus en plus la une des journaux. Vincent Callebaut, architecte spécialisé en architecture bioclimatique et régénérative, le montre bien : « Une cour d’école inutilisable en été. Une ville qui se vide à midi. Des logements qui deviennent des passoires thermiques en hiver et des bouilloires en été. Ce sont ces situations-là qui imposent une rupture. Pas les chiffres seuls. » Pour trouver un exemple concret et parlant, pas besoin de chercher bien loin. L’été 2026 et ses canicules sont là pour nous rappeler qu’un logement plus durable signifie désormais un logement plus vivable.
Cela vaut aussi pour les villes, comme l’indique l’architecte : « Une rue végétalisée n’est pas seulement plus fraîche. Elle devient habitable. On s’y arrête. On y reste. On y vit. C’est pareil pour un bâtiment végétalisé. Il apaise. C’est cela, au fond, l’enjeu : passer d’une ville traversée à une ville habitée. » Finalement, il s’agit de replacer l’humain au centre des projets en améliorant son expérience de vie, son quotidien, sa manière d’habiter et, in fine, sa manière d’être et d’évoluer.
Un levier de croissance
Aymé Argelès est manager chez Embuild.Brussels, la fédération des entreprises de construction de la Région bruxelloise. Avec Construcity.Brussels, cette dernière co-pilote Build circular.brussels, un programme d’accompagnement gratuit des entreprises de construction bruxelloises vers la construction durable et circulaire. Aymé Argelès indique : « La construction représente 16 % des entreprises bruxelloises et 36 000 emplois directs. Notre travail consiste à démontrer que la durabilité est aussi une question de compétitivité, car la demande publique et privée évolue vite. » Il rappelle également que la rénovation énergétique devrait créer 15 000 emplois directs et indirects supplémentaires à Bruxelles d’ici 2040.
Les entreprises bruxelloises témoignent d’un grand intérêt pour l’accompagnement proposé par Build circular.brussels. En cinq ans d’action, 760 entreprises ont déjà été intégrées à une démarche circulaire grâce au programme et 258 ont entamé une transition durable et circulaire sur la base d’un plan d’action concret.
Le meilleur bâtiment est souvent déjà là
Un bâtiment durable, c’est donc un bâtiment ancré dans la vie sociale et économique du quartier, de la ville, de la région. Arriver à un tel résultat ne peut se faire qu’en passant par la rénovation et le réemploi des matériaux. Réutiliser l’existant, c’est préserver la valeur des matériaux, comme le souligne Aymé Argelès : « Démolir pour reconstruire, c’est jeter le carbone déjà investi dans les structures existantes. La hiérarchie est claire : d’abord réutiliser ce qui existe, ensuite rénover, et construire du neuf là où c’est la seule réponse pertinente, notamment pour densifier. »
Vincent Callebaut l’a bien compris. Il mène actuellement le projet de métamorphose des Anciens Thermes Nationaux à Aix-les-Bains. Loin de démolir le bâtiment classé monument historique, l’architecte le « réactive » : « Lorsqu’on entre sur site, on ne voit pas seulement un édifice ancien. On perçoit un potentiel climatique endormi. Une fraîcheur possible. Une respiration à retrouver. Le projet agit sur trois leviers : désimperméabilisation, activation climatique des enveloppes et intégration du végétal comme infrastructure vivante. Ce n’est pas une transformation spectaculaire. C’est une transformation utile. Mesurable. Immédiate. »
Concrétiser la transition
Transition écologique, oui, mais par où commencer ? Aymé Argelès explique : « Pour une entreprise, cela commence par des gestes simples : un inventaire avant démolition, un tri poussé sur chantier, une filière de réemploi pour les éléments de valeur. » Pour concrétiser la transition, il faut valoriser les savoir-faire et intégrer les équipes dès la conception des projets. Aymé Argelès ajoute : « Un chantier durable est un lieu où l’on a envie de travailler, et c’est peut-être sa plus grande promesse pour un secteur en quête de bras et de talents. »
Vincent Callebaut revient, quant à lui, sur les éléments essentiels qu’il prend en compte dans ses projets : « Chaque projet commence par une lecture du réel : climat, vent, soleil, hydrologie, sol, inertie thermique. Mais très vite, le dessin seul ne suffit plus. Il faut marcher à travers le site. S’arrêter. Observer les usages spontanés. Les zones évitées. Les manques. Les lieux où les gens s’installent sans raison apparente. C’est souvent là que se joue la vérité d’un projet. »
Finalement, la durabilité dans le secteur de la construction n’est plus un critère à prendre en compte parmi tant d’autres. Elle n’est plus une contrainte. Au contraire, elle est la boussole qui guide chaque décision. Pour reprendre les mots de Vincent Callebaut, « un projet juste est un projet qui ne résiste pas à la vie. Il l’accompagne ». •







